Victor Blaise MARREC, dit Victor MAREC (1862-1920)

La Partie de cartes, vers 1890
Huile sur toile
33 × 40,7 cm
Dédicacé et signé en haut à gauche à ce vieil ami H. Cain/son bien
reconnaissant/Victor Marec
Signé en bas à gauche Victor Marec
Provenance : collection Henri Cain (1857-1937) ; par descendance


Éclairés par une lampe à pétrole, deux ouvriers jouent aux cartes dans une taverne pour se détendre une fois leur journée de travail terminée. Une jeune femme complète le groupe et s’appuie avec tendresse sur l’épaule du joueur face à nous en regardant son jeu. Au centre de la table, parmi les verres, une bouteille et une pipe, un as de carreau a déjà été jeté. Est-ce un bon ou un mauvais coup ? Rien ne permet de le dire. Le thème de la partie de cartes est récurrent dans l’histoire de la peinture depuis la fin du xvie siècle. À Rome, Caravage peint Les Tricheurs en 1594, rapidement suivi par ses émules à l’image de Valentin de Boulogne ; plus au nord, les Téniers déclinent le sujet dans une multitude de petites scènes de taverne et, dans l’est de la France, Georges de La Tour peint vers 1636 son Tricheur à l’as de carreau. On aimerait penser que le peintre Victor Marec, auteur de cette toile, a fait un clin d’œil au maître lorrain en choisissant cette carte en particulier, mais cela paraît peu probable, l’œuvre de La Tour n’ayant été redécouverte qu’en 1926.

La Partie de cartes de Victor Marec porte une dédicace à Henri Cain. Les deux hommes, nés à cinq ans d’écart, ont dû se rencontrer et se lier d’amitié dans l’atelier du peintre Jean-Paul Laurens durant leurs études. Fils du sculpteur animalier Auguste Cain, Henri débute comme peintre avant de se consacrer pleinement à l’écriture de pièces de théâtre et de livrets pour l’opéra. Il est notamment l’auteur d’un portrait du duc d’Aumale, conservé au musée Condé de Chantilly. Les quelques photos que nous connaissons d’Henri Cain et de son frère aîné Georges – également peintre – permettent d’imaginer que ce sont eux qui sont représentés par Marec dans La Partie de cartes et sur son pendant On paye en servant. La jeune femme, dans ce cas, pourrait être Marie Céline Ruffel, future Madame Georges Cain. Une autre toile de Marec représentant une partie de cartes est signalée dans une brève notice biographique sous le titre Joueurs de manille dans un bouge, la manille étant un jeu de cartes d’origine espagnole.

Les œuvres exposées par Victor Marec aux différents salons connaissent un succès populaire et sont reproduites par la gravure ou la photographie dans les journaux de l’époque. Certaines, telles que La Chanson sentimentale et Les Ménestrels, sont même éditées en cartes postales. Membre de la Société des artistes français à partir de 1899, Marec connaît la consécration en 1908 avec l’inauguration de ses décors pour le salon Victor Hugo au Sénat. Le 2 février 1920, l’artiste décède, emporté par la grippe espagnole qui sévit dans toute l’Europe.

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