Jules Joseph LEFEBVRE (1834-1912)

Portrait de Roger Lefebvre (1883-1960), fils de l’artiste, 1894
Huile sur toile
32 × 21,5 cm
Signé en bas à gauche du monogramme j l
Titré, localisé et daté en bas au centre Roger LeFebvre./Tourgeville 1894


Né à Tournan-en-Brie en 1834, d’un père boulanger, Jules Lefebvre grandit à Amiens où il fréquente l’école communale de dessin. Son professeur, Joseph Fusillier, remarque son talent et le recommande pour une bourse d’études que lui octroie la ville en 1852. À Paris, le jeune artiste s’inscrit à l’École des beaux-arts dans l’atelier de Léon Cogniet. Trois ans plus tard, il participe pour la première fois au Salon de 1855 en exposant un portrait de son ancien maître amiénois. Après avoir terminé second au prix de Rome en 1859, Lefebvre gagne le concours en 1861 avec sa Mort de Priam et se rend en Italie au début de l’année suivante. Entre 1862 et 1866, l’artiste, pensionnaire de la Villa Médicis, poursuit ses envois au Salon. De retour en France, il s’impose avec des toiles à prétexte allégorique ou mythologique représentant des nus féminins, et reçoit de nombreuses commandes pour des portraits.

Le 26 juin 1869, Jules Lefebvre épouse Louise Deslignières avec qui il aura huit enfants, quatre garçons et quatre filles. L’artiste, en marge de sa production officielle, multiplie les portraits des membres de sa famille. Profitant de moments de repos sur les côtes normandes, il peint des images pleines de tendresse de ses enfants, comme en témoigne une toile peinte en 1888 et représentant le plus jeune de ses fils, Maurice, sur une plage en costume de marin. En 1894, Roger, troisième garçon de la fratrie, vient prendre à son tour la pose devant son père alors que la famille est à Tourgéville, une commune limitrophe de Deauville. Son portrait tout en sobriété est très différent de celui de Maurice. Le jeune garçon de onze ans y est représenté parfaitement de profil. L’arête de son nez et la découpe de ses lèvres, cernées d’un trait fin, se détachent sur un fond brossé de couleur crème à la manière d’une page de parchemin. L’effigie de l’enfant, coiffé d’un calot médiéval, s’interrompt à la base du cou comme suspendue dans le vide. Jules Lefebvre joue volontairement de ces différents effets esthétiques pour donner à son œuvre l’aspect d’un portrait du xve siècle et insiste encore en choisissant de l’intégrer dans un impressionnant cadre en bois de style néo-Renaissance.

En 1911, Maurice, devenu sculpteur, décède prématurément à l’âge de vingt-six ans. Plongé dans un profond chagrin, Jules Lefebvre meurt l’année suivante. Sa veuve et ses enfants assistent aux obsèques le 26 février 1912, entourés des plus grands artistes du temps. Roger, qui se marie en 1929, ne quittera jamais l’immeuble familial de la rue La Bruyère où il décède en 1960.

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