François Marius GRANET (1775-1849)
Trinitaire délivrant des esclaves, 1845
Huile sur toile
32,5 × 24,5 cm
Signé, localisé et daté sur la droite granet/a/paris/1845
Contresigné en incise en bas à droite Granet
Après avoir accédé au trône suite à la révolution de 1830, Louis-Philippe décide de transformer le château de Versailles en musée dédié « à toutes les gloires de la France ». La nouvelle institution, qui devra être accessible au plus grand nombre, a un but politique : unifier les Français grâce à leur histoire nationale. En 1833, le roi fait appel au peintre François Marius Granet pour diriger ce projet. Conservateur des musées royaux depuis 1824, il choisit les sujets des œuvres et organise leur disposition jusqu’à l’ouverture de la galerie des Batailles le 10 juin 1837. Très tôt, le souverain souhaite que les croisades soient évoquées dans un espace dédié et lance une seconde campagne d’aménagement, dans le rez-de-jardin du pavillon central de l’aile Nord. Granet, chargé également de diriger ce nouveau projet, fait appel à de nombreux artistes parmi lesquels Delacroix, Signol ou Schnetz.
En parallèle de ses fonctions de conservateur, Granet continue de peindre et reçoit plusieurs commandes du roi. L’artiste n’a pas attendu la création de la galerie des croisades pour explorer ce sujet dans ses œuvres. Au Salon de 1831, l’une de ses toiles, intitulée Rachat de prisonniers dans les prisons d’Alger, explorait le rôle des trinitaires durant la quatrième croisade (1202-1204). L’ordre de la Sainte Trinité, créé en 1194 par Jean de Matha – un Provençal comme lui –, avait pour mission de racheter les captifs victimes des razzias menées par les Sarrasins sur les côtes méditerranéennes. Ses membres étaient reconnaissables à leur scapulaire blanc orné d’une croix rouge et bleue. L’un de ces trinitaires apparaît sur une petite toile peinte par Granet en 1845. L’homme de foi occupe le centre de la composition et ouvre les bras face à nous dans un geste d’accueil. Il se tient au-dessus d’une trappe dont les deux pierres de fermeture viennent d’être repoussées sur les côtés. La tête baissée, il regarde l’intérieur de la geôle où doivent attendre les prisonniers dont il vient de payer la rançon.
Trois ans après avoir peint cette petite toile, à l’aube de la révolution de 1848, Granet quitte ses fonctions à Versailles et rentre dans sa Provence natale où il décède l’année suivante. Par testament, il lègue l’intégralité de son atelier et de ses collections à la ville d’Aix-en-Provence. Cet ensemble de plusieurs centaines d’œuvres constitue le fonds du musée qui porte aujourd’hui son nom.

