Philippe Dassas PITHOU (1793-1828)

Juliette, ou la folle par amour, vers 1822
D’après Voyage sentimental de Laurence Sterne (1713-1768)
Huile sur toile
40,5 × 32,3 cm
Signé en bas à droite D.Pithou.
Au dos du cadre d’origine, une étiquette manuscrite pithou/no 16
Exposition : Lille, salon de 1822, no 362 : Juliette, ou la folle par amour

« Sa chèvre lui avoit été aussi infidèle que son amant & elle avoir, à sa place, un petit chien qu’elle tenoit en lesse avec une petite corde attachée à son bras… Je regardai le chien, & elle le tira vers elle.. Tu ne me quitteras pas, Silvio, dit-elle. »

Ces quelques lignes, tirées du Voyage sentimental à travers la France et l’Italie, roman de l’écrivain irlandais Laurence Sterne écrit et publié en 1768, servent de sujet à une toile exposée par le peintre Philippe Dassas Pithou au salon de Lille en 1822. Dans son livre, Sterne se présente sous le nom de Yorick, un révérend, et met en scène un voyageur anglais parcourant la France, en route vers l’Italie. Après quelques jours à Paris et Versailles, le personnage fait halte dans la ville de Moulins pour rendre visite à Maria, déjà présente dans son précédent roman, Tristram Shandy. Reçu par la mère de cette dernière, Yorick apprend que la jeune femme s’est enfuie, accablée par le chagrin, et décide de partir à sa recherche. Frappée de folie depuis qu’elle a été abandonnée par son amant, Maria pleure au bord d’un ruisseau lorsque son ami la retrouve. Elle lui annonce alors que son père vient de décéder, que sa chèvre s’est enfuie et que dès lors seul son chien Silvio lui reste encore fidèle. Yorick tente de la consoler en faisant appel au ciel puis reprend son voyage. Pour franciser davantage le personnage, certains traducteurs parisiens changent le nom de Maria en Juliette.

Moins connus en France aujourd’hui que ceux de Walter Scott, les romans de Laurence Sterne ont souvent inspiré les peintres européens de la fin du xviiie siècle et du début du siècle suivant, à l’image de Joseph Wright of Derby et d’Angelica Kauffmann. Pithou reprend avec précision l’ensemble des éléments attachés au passage de la rencontre de Yorick, sous les traits de Laurence Sterne, avec Juliette (Maria). Sur fond d’un paysage de sous-bois traversé par un ruisseau, l’homme, en costume noir et blanc de clergyman, lève la tête vers le ciel tout en tenant la main de la jeune femme. Celle-ci, visiblement déjà apaisée, caresse le petit chien qu’elle a soigneusement attaché par une corde à sa taille afin qu’il ne l’abandonne pas à son tour.

De l’auteur de cette peinture, nous ne savons que peu de choses. Né le 12 février 1793 à Sèvres, Philippe Dassas Pithou est le fils de Nicolas Pierre Pithou (1750-1818), un peintre travaillant à la Manufacture royale de porcelaine. Probablement initié au dessin par son père, il entre à l’École des beaux-arts en 1814 dans l’atelier d’Antoine Jean Gros. Pithou débute au Salon de Paris cinq ans plus tard en exposant un portrait d’officier, puis présente une toile déjà inspirée par Laurence Sterne au Salon de 1822. Cette peinture, présentée sous le titre Trim s’enflamme, a pour sujet un épisode du roman Tristram Shandy, chef-d’œuvre de Sterne publié en neuf volumes, sur une dizaine d’années à partir de 1759. Après son envoi de Juliette, ou la folle par amour au Salon de Lille, les registres nous indiquent que toutes les œuvres soumises au jury par Pithou entre 1824 et 1827 ont été refusées. Cette absence sur les cimaises du Salon, associée au décès précoce de l’artiste à trente-cinq ans en 1828, peut expliquer l’oubli de son nom dans les différents dictionnaires de référence.

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