Eugène POIDEVIN dit Eugène LEPOITTEVIN (1806-1870)
Artiste dessinant dans la forêt, vers 1826
Huile sur papier marouflé sur toile
40 × 32 cm
Signé du monogramme en bas à droite elp
Sur le châssis, cachet de la vente d’atelier (L.5269)
Provenance : vente Tableaux, études terminées, esquisses, dessins et croquis de
feu Eugène Le Poittevin [sic] [experts : Francis Petit et Charles Mannheim],
Paris, hôtel Drouot, 9 avril 1872, probablement dans le lot 145 : « Études de
paysage. »
Eugène Poidevin, dit Lepoittevin, est né à Paris le 31 juillet 1806. Son père, chef ébéniste au château de Versailles, aurait aimé qu’Eugène suive ses pas, mais, élève peu assidu, l’adolescent préfère le dessin à la menuiserie. Prenant quelques leçons auprès d’un artiste versaillais du nom de Ledoux, il profite de sa présence au château pour travailler d’après les maîtres. L’une de ses copies, réalisée à l’âge de quinze ans, attire l’attention de la duchesse de Berry qui lui fait octroyer une pension pour continuer sa formation. Au milieu des années 1820, Eugène s’installe à Paris et rencontre le peintre Anne Xavier Leprince, son aîné de sept ans. Ce dernier, auréolé d’une renommée précoce, transmet à son élève le goût pour la peinture hollandaise et l’invite à travailler directement sur le motif. La région parisienne, entourée des forêts de Fontainebleau, Rambouillet, Versailles ou Compiègne, offre aux artistes de nombreux sites propres à pratiquer la peinture en plein air.
Une œuvre précoce d’Eugène, réalisée à l’occasion d’une de ses excursions sylvestres, montre un jeune artiste dessinant assis au pied d’un arbre. Peinte à l’huile sur papier, la composition s’organise autour d’un tronc massif placé au premier plan, légèrement décentré sur la droite. La canopée dense de la forêt plonge la scène dans une pénombre dont la seule lumière provient d’une percée à l’arrière-plan. L’enchaînement des troncs gris et bruns scande verticalement l’image et laisse voir au loin deux petites figures rouge et blanche qui complètent l’animation de ces bois. Le dessinateur, vêtu d’une chemise blanche, installé sur la gauche, baisse la tête, concentré sur son étude. Ce personnage, trop petit pour être identifiable, pourrait être Anne Xavier Leprince, accompagnant son élève pour travailler, ou une évocation du peintre lui-même.
En 1826, le décès prématuré de Leprince à l’âge de vingt-sept ans laisse Eugène orphelin de maître. Alors qu’il vient d’être admis à l’École des beaux-arts comme élève de Louis Hersent, il s’installe dans l’atelier vacant de Leprince. Ce dernier, au moment de sa mort, n’avait pas eu le temps d’achever une grande composition représentant l’intérieur de cet atelier et Eugène se charge de la terminer pour qu’elle soit exposée au Salon de 1827. Cette année-là, le jeune artiste présente également trois œuvres sous le nom de « Potdevin » : Des Moissonneurs, Une porte de ferme et une Vue prise entre Saint-Germain et Versailles.

