Aimé Nicolas MOROT (1850-1913)

Mademoiselle Madeleine Gérôme (1875-1905) en amazone,
vers 1890
Huile sur toile marouflée sur toile
65 × 38,5 cm
Œuvre en rapport : Aimé Nicolas Morot, Portrait de Mlle M. G… [Salon de
1890, no 1745], huile sur toile, localisation inconnue


Né à Nancy le 16 juin 1850, Aimé Morot étudie le dessin auprès de Claude Émile Thiéry et Charles Sellier en Lorraine. Déjà fort d’une solide formation, il entre à l’École des beaux-arts de Paris le 31 mai 1869 dans l’atelier d’Alexandre Cabanel. Après quatre tentatives infructueuses au concours du prix de Rome, Morot est désigné vainqueur en 1873, pour sa Captivité des Juifs à Babylone. Pensionnaire de la Villa Médicis à partir de janvier 1874, l’artiste consacre sa dernière année en Italie à la création de son envoi pour le Salon de 1877, sur le thème de Médée. Le peintre Jean Léon Gérôme, membre du jury, rédige un rapport sévère sur la toile en cours de réalisation. Loin d’en prendre ombrage, Morot tient compte de ces remarques et modifie sa composition. À Paris, les deux hommes se lient d’amitié et Morot commence à fréquenter la maison des Gérôme où il fait la connaissance des cinq enfants du peintre. Avec une de ses filles, Suzanne, il entame une relation affective scellée par le mariage du couple en 1887.

Trois ans plus tard, pour le Salon de 1890, Aimé Morot expose le portrait de sa belle-sœur, Madeleine, à l’âge de quinze ans. La toile définitive, de grandes dimensions, montre l’adolescente assise en amazone sur un cheval. L’œuvre, qui rencontre un immense succès lors de sa présentation, est reproduite dans le journal L’Illustration du 3 mai 1890. Un commentaire élogieux de Pierre Paget accompagne alors la photographie du tableau : « Mlle Gérôme à cheval, par son beau-frère, M. Aimé Morot, qui s’est encore surpassé, en cette circonstance, et nous montre un véritable petit chef-d’œuvre de vie, d’allure et de mouvement, peint avec un entrain sans pareil. » Une esquisse de la composition, longtemps conservée par les descendants du peintre, présente quelques variations avec la toile finale. Plus étroite, cette étude est traitée d’un geste rapide qui laisse voir la toile sous-jacente et offre à l’ensemble un dynamisme qui appuie l’action de la cavalière. L’arrière-plan, composé de fins troncs d’arbres détaillés dans la peinture du Salon, laisse place ici à une juxtaposition de touches vertes, claires et sombres, qui évoque la manière des peintres impressionnistes.

Madeleine, modèle de ce tableau, se marie six ans plus tard avec Pierre Vivent Sébastien Masson, le fils d’une dynastie de libraires parisiens. Ensemble, ils auront deux enfants. En 1905, celle qui porte désormais le nom de Madame Masson décède prématurément à l’âge de trente ans. Aimé Morot, aux côtés de sa femme Suzanne, poursuit une carrière académique nimbée de tous les honneurs. Maintes fois médaillé au Salon, il devient professeur à l’École des beaux-arts de Paris, puis membre de l’Institut en 1898. Au décès de Gérôme en 1904, Suzanne Morot hérite du fonds d’atelier de son père. Son époux, Aimé, consacrera en partie les neuf dernières années de sa propre vie à inventorier et à trier cet ensemble de plus de six cents toiles, soixante sculptures et plusieurs centaines de dessins.

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