Georges Jules Victor CLAIRIN (1843-1919)

L’Invocation ; campagne d’Égypte, vers 1897-1900
Huile sur toile
50 × 75,3 cm
En bas à droite, cachet de la vente d’atelier de l’artiste (L.448)
Sur le châssis, une étiquette de la maison Mary (active de 1890 à 1914
au 26, rue Chaptal, Paris)
Provenance : vente Tableaux, aquarelles, […] par Georges Clairin et provenant
de son atelier, Paris, Galerie Georges Petit, 2-3  février 1920, no  92  :
« L’Invocation ; campagne d’Égypte./Toile. Haut., 50 cent. ; larg., 75 cent. »


Ancien élève d’Isidore Pils à l’École des beaux-arts de Paris, Georges Clairin connaît ses premiers succès à la fin du Second Empire. Proche de l’actrice Sarah Bernhardt dont il peint de nombreux portraits, l’artiste reçoit des commandes officielles et collabore régulièrement avec les équipes du nouvel Opéra de Paris pour lesquelles il conçoit décors et costumes de scène. Grand voyageur passionné par l’Orient, Clairin visite l’Espagne, l’Algérie et le Maroc avant d’embarquer pour l’Égypte en 1895. À Marseille, juste avant de partir, il fait la connaissance d’Amaury de Lacretelle, consul de France à Jérusalem, qui propose de l’accueillir dans la Ville sainte. Durant la traversée, il rencontre l’archéologue Émile Amélineau, chargé des fouilles d’Abydos, et Achille Abbat, propriétaire de l’un des plus beaux hôtels du Caire, qui l’incite à séjourner dans son établissement à son arrivée. Clairin y retrouve l’archéologue Jacques de Morgan avec lequel il découvre le musée du Caire puis organise son séjour.

Dans la capitale, le peintre se mêle à la diaspora française et fréquente diplomates, savants et artistes puis, sur les conseils de Morgan, quitte la ville pour se rendre à Louxor en Haute-Égypte par le Nil. Après plusieurs jours sur place, Clairin poursuit sa route en direction d’Assouan et fait une halte sur le site d’Edfou. Le temple d’Horus, dégagé du sable par l’archéologue français Auguste Mariette, dans les années 1860, est l’un des sanctuaires les mieux conservés du pays. Construit entre 237 et 57 avant notre ère, sur la rive ouest du Nil, le complexe mesure 137 mètres de long et est dédié au dieu à tête de faucon. L’artiste, comme partout où il passe, accumule croquis et esquisses sur les pages de ses carnets pour ne rien oublier. De retour à Paris, Clairin pioche dans ses cartons de voyage les modèles pour plusieurs grands tableaux à sujets égyptiens. Au Salon de 1897, la toile intitulée Soldats français au milieu des ruines du temple de Karnak (Égypte) montre que l’artiste, loin de se limiter à la représentation de vues exotiques, puise dans ses études pour illustrer des épisodes de la campagne d’Égypte dirigée par Bonaparte en 1798.

Ce principe est repris par l’artiste pour une toile qu’il n’expose pas au Salon : L’Invocation. L’œuvre prend pour décor les massives colonnes supportant le portique du temple d’Edfou et montre un prêtre égyptien haranguant des fidèles pendant que quelques soldats de l’armée française assistent à la scène, baïonnettes à la main. Pour que sa représentation soit conforme à l’état archéologique du site à l’époque de Bonaparte, Clairin s’est probablement inspiré d’une gravure de David Roberts représentant les colonnes du portique ensablé jusqu’à la base des chapiteaux. Cette toile, conservée par l’artiste jusqu’à sa mort, sera présentée par la galerie Georges Petit lors de la vente de son atelier organisée en 1920 sous le numéro 92.

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