Nicolas Anne du BOIS de BEAUCHESNE (1758-1835)
Portrait de son fils Alcide Hyacinthe (1800-1873), 1823
Huile sur toile
21,5 × 16,3 cm
Au verso, une biographie du modèle par son frère Alfred du Bois de
Beauchesne
Provenance : Paméla du Bois de Beauchesne (1796-1870), sœur du modèle ;
offert à son frère Alfred du Bois de Beauchesne (1804-1876) ; puis par
descendance Jean-François Raffaëlli (1850-1924) et par descendance de ce
dernier
Nicolas Anne du Bois de Beauchesne, né le 7 juillet 1758, se forme à Dijon auprès du peintre François Devosge. Lauréat d’un prix de peinture de l’Académie de Dijon à quatorze ans, le jeune artiste commence à exposer des peintures aux sujets mythologiques et religieux tout en réalisant de nombreux portraits à l’huile ou au pastel pour l’aristocratie et la haute bourgeoisie bourguignonne. En 1780, installé à Paris, il reçoit une commande du prince de Condé qui le charge de retranscrire sur la toile un épisode d’hallali du cerf, œuvre conservée au domaine de Chantilly. Nicolas Anne se marie en l’église Saint-Roch de Paris le 1er août 1782 avec Élise du Vial de Bièvre, fille d’un haut fonctionnaire du ministère des Finances et descendante d’une riche famille originaire de Lorient. Devenu receveur général des fermes du roi dans le Morbihan, Beauchesne offre à ses cinq enfants, trois garçons et deux filles, la meilleure des éducations. Ruiné quelques années plus tard par la Révolution, il devient professeur de dessin pour assurer la subsistance de sa famille et continue de peindre sans chercher les honneurs du Salon, hormis en 1814 où le livret mentionne de sa main une Étude d’Antigone. Au début des années 1820, l’artiste réalise les portraits d’au moins deux de ses fils : celui d’Alfred, le plus jeune, une flûte à la main, et celui d’Alcide à l’âge de vingt-trois ans.
Sur cette deuxième peinture de petit format, Alcide du Bois de Beauchesne est représenté à mi-corps, le bras droit posé sur un coin de mur. Vêtu d’une veste noire ajustée, couvrant une chemise blanche d’où s’échappe une croix de diamants, le jeune homme élégant, tête tournée vers la droite, regarde vers le lointain. Coiffé à la mode, il se détache sur un fond de paysage nocturne. Travaillé en grisaille, le fond montre un vaste panorama d’une ville vue depuis les hauteurs d’une colline. Une mention au revers de la toile précise que ce portrait fut peint à Paris en 1823. Le monumental dôme, visible sur la gauche, pourrait être identifié comme étant celui de la cathédrale Saint-Louis des Invalides.
Le modèle de cette peinture, Alcide, né à Lorient le 31 mars 1800, fait de brillantes études classiques et accepte un poste de précepteur avant d’être nommé, en 1825, chef de cabinet du vicomte Sosthène de La Rochefoucauld alors directeur général des Beaux-Arts. Élevé deux ans plus tard au rang de gentilhomme de la chambre du roi, Alcide fréquente les salons littéraires et artistiques au sein desquels il se lie d’amitié avec Alexandre Dumas et le sculpteur James Pradier. Auteur romantique, il publie plusieurs recueils de poèmes qui connaissent un certain succès populaire. Légitimiste fervent, il s’oppose au régime de la monarchie de Juillet et démissionne de toutes ses fonctions officielles en 1830. À l’écart du pouvoir, il reçoit la bonne société parisienne dans sa fantasque villa néogothique de l’avenue de Madrid. En 1852, sa biographie de Louis XVII est couronnée par l’Académie française. Passant les vingt années suivantes entre Paris et sa Bretagne natale, Alcide s’éteint en 1873.

