Jérémie Walthère DELSAUX (1852-1927)
Autoportrait, vers 1880-1885
Huile sur toile
70 × 51 cm
Signé en bas à gauche Jérémie Delsaux
Né le 1er août 1852 à Glain près de Liège, Jérémie Delsaux grandit dans une famille d’artisans et d’artistes qui l’encourage dans sa vocation de peintre. À l’âge de seize ans, il débute son apprentissage dans l’atelier du peintre et décorateur Paul Joseph Carpay. Durant trois ans, le jeune homme se forme auprès de son maître avant d’entrer à l’Académie des beaux-arts de Liège. Lauréat de son école, il poursuit un temps sa collaboration avec Carpay qui lui confie la décoration de riches demeures liégeoises. Delsaux, qui souhaite se faire un nom comme peintre, délaisse rapidement son travail de décorateur pour se consacrer à la réalisation de tableaux. Sur la recommandation de ses professeurs, la ville de Liège octroie à l’artiste une bourse qui lui permet de partir étudier les maîtres du passé en Italie. En compagnie du peintre Henri Berchmans, il traverse l’Allemagne avant d’atteindre Venise, visite Florence, Rome et Naples, puis remonte vers le nord en passant par Sienne, Pise, Gênes et Turin pour gagner Paris. Là, il fréquente l’atelier de Jules Lefebvre et rencontre le peintre décorateur Pierre Victor Galland qui lui offre un poste de collaborateur. Âgé de vingt-sept ans, l’artiste fait ses débuts au Salon de 1880 en exposant un portrait d’homme.
Un autoportrait, réalisé d’une touche rapide et sur lequel l’artiste se représente debout les pinceaux à la main, doit dater de cette période. Vêtu d’un costume noir, une fleur rouge à la boutonnière, Delsaux se tient debout, le corps de trois quarts, devant une balustrade. L’arrière-plan, volontairement flou, s’ouvre à gauche sur un paysage crépusculaire dont on ne peut dire s’il s’agit d’une vue depuis un balcon, ou d’un motif peint sur une toile dans le tableau. Le modèle aux cheveux courts conserve encore des traits juvéniles malgré une épaisse barbe noire. L’œuvre mêle de multiples références aux maîtres croisés par l’artiste durant ses voyages. La main gauche tenant un gant évoque inévitablement les portraits de Titien tandis que la gamme colorée et l’impression de brouillard semblent empruntées aux peintures tardives de Rembrandt.
Les qualités de portraitiste de Delsaux attirent à lui de nombreuses commandes en France, en particulier de la part de la diaspora russe présente à Paris. Le comte Alexandre Dmitrievitch Cheremetiev, musicien, héritier de l’une des plus grandes fortunes de la cour de Russie, devient son mécène. De retour en Belgique en 1896, l’artiste tombe gravement malade et doit cesser de travailler pendant plusieurs années. Une fois rétabli, il décide de vivre entre Liège et Bruxelles pour répondre aux commandes et produit un grand nombre de paysages de sa région natale.

