Émile Charles Joseph LOUBON (1809-1863)

Les Thermes de Caracalla, vers 1830-1832
Huile sur papier marouflé sur carton
32,5 × 30 cm
Provenance : fonds d’atelier de l’artiste ; ancienne collection de Joseph
Ravaisou (1865-1925) ; collection particulière, Aix-en-Provence


Émile Loubon, né à Aix-en-Provence en 1809, grandit au sein d’une famille aisée. Son père l’incite à faire des études générales au lycée puis à la faculté, le temps pour le jeune homme de découvrir sa voie. Intéressé par les arts, il fréquente l’école de dessin municipale dirigée par Louis Mathurin Clérian. Si Loubon reçoit occasionnellement les conseils du peintre Jean Antoine Constantin, c’est à sa rencontre avec François Marius Granet, de passage à Aix en 1829, qu’il doit véritablement sa vocation d’artiste. Granet, qui avait déjà passé plus de vingt années en Italie, fait étape dans sa ville natale avant de retourner à Rome. À cette occasion, il invite le jeune Loubon, ainsi que le peintre Gustave de Beaulieu, à prendre la route avec lui. Une fois dans la péninsule, Émile Loubon a tout loisir de parfaire sa formation artistique, suivant son nouveau maître dans les églises, les palais et les musées à la découverte des chefs-d’œuvre anciens. Granet, infatigable peintre de plein air, incite son jeune ami à travailler sur le motif et durant deux années Loubon noircit ses carnets à dessin et accumule les huiles sur papier.

Comme son maître, Loubon arpente la ville de Rome et se confronte aux ruines de l’Antiquité qui partout affleurent dans le forum et la campagne environnante. Situés au sud de la cité, les thermes de Caracalla, déjà largement dégagés, mais dépourvus de leur parement de marbre, s’offrent dans leur monumentalité de brique au regard du visiteur. Construits au début du iiie siècle, sur onze hectares, ces thermes pouvaient accueillir simultanément plus de mille six cents baigneurs. Lorsque le peintre découvre le complexe, de nombreuses voûtes et arcades tiennent toujours debout. Installé sous l’une d’elles, il saisit sur le papier la succession des travées à ciel ouvert dont la perspective se termine par un haut pilier dressé à plus de vingt mètres de hauteur. D’une touche épaisse et rapide, sans chercher à délimiter son dessin, l’artiste construit son image en ponctuant la masse ocre-rouge des murs par des accents verts pour représenter la végétation.

Outre Loubon et Granet, les thermes de Caracalla ont inspiré de nombreux peintres français et étrangers. La confrontation des artistes aux ruines d’une civilisation disparue a contribué depuis la fin du siècle précédent à l’émergence du romantisme. Quelques années avant l’arrivée du jeune artiste à Rome, d’autres paysagistes, parmi lesquels Corot, Jules Coignet, Théodore Caruelle d’Aligny ou Édouard Bertin, en cherchant à prendre leurs distances avec l’enseignement néoclassique, venaient d’ouvrir la voie à la modernité.

Défilement vers le haut