Émile Antoine BORDELLES, dit Antoine BOURDELLE (1861-1929)
Portrait de la femme et du fils de l’artiste, vers 1902-1903
Huile sur toile
81,5 × 49,5 cm
Provenance : collection Stéphanie Van Parys ; par descendance ; vente
Atelier Stéphanie Van Parys, Paris, hôtel Drouot, Desbenoit Fierfort &
associés, 29 avril 2011
Originaire de Montauban, Émile Antoine Bourdelle est le fils d’Antoine Bordelles, ébéniste et sculpteur sur bois qui signait « Bourdelle » ses œuvres. Après une première formation à l’académie des beaux-arts de Toulouse, il intègre l’atelier d’Alexandre Falguière à Paris. Pour vivre, il fournit des dessins à la maison Goupil et travaille pour Théo Van Gogh, le frère de Vincent, avant d’entrer en 1893 comme praticien dans l’atelier du sculpteur Auguste Rodin. De 1891 à 1898, il expose au Salon de la Société nationale des beaux-arts, principalement des portraits peints ou dessinés. Suite à ces premiers succès, il rencontre Stéphanie Vanparÿs (1877-1945), dite Van Parys, employée du magazine Femina, qui se rend dans son atelier et lui commande un pastel. La jeune femme, pourtant mariée depuis 1896, tombe immédiatement amoureuse de Bourdelle. Le 21 avril 1901, leur idylle donne naissance à un fils, Pierre, que l’artiste reconnaîtra en 1903 après le divorce de Stéphanie. Au début du siècle, cette dernière devient le modèle de prédilection de Bourdelle pour la plupart de ses sculptures, mais également pour plusieurs portraits à l’huile ou au pastel. Sur l’un d’eux, celle qui n’est pas encore son épouse pose avec leur fils Pierre. L’enfant, âgé d’un ou deux ans, tourne la tête en direction de son père. Son visage et son regard, traités avec une certaine douceur, contrastent avec les traits de Stéphanie qui se perdent schématisés par les coups de pinceau. La touche visible dans sa brutalité renvoie à la manière de Van Gogh tout en trahissant la main du sculpteur. L’harmonie de l’œuvre repose exclusivement sur une association de couleurs complémentaires chère à Cézanne : le bleu et l’orange.
Le couple se marie le 22 mars 1904, mais l’arrivée dans l’atelier de Cléopâtre Sevastos, jeune élève grecque dont Bourdelle s’éprend, rend les relations entre l’artiste et son épouse rapidement difficiles. En 1910, le couple se sépare tandis que Cléopâtre, enceinte, s’est réfugiée en Grèce pour donner naissance à leur fille Rhodia le 10 avril 1911. Bourdelle n’en délaisse pas pour autant l’éducation de son fils. Sans chercher à faire de lui un artiste à son image, Bourdelle initie le jeune garçon à l’art du vitrail et de la mosaïque. Ensemble, ils partent étudier la sculpture antique en Grèce et Rodin fait découvrir à Pierre l’architecture gothique.
Après la Grande Guerre, Pierre visite la Hollande, l’Italie et l’Afrique du Nord, obtient un diplôme de maîtrise en philosophie à la Sorbonne puis collabore un temps avec son père avant de s’engager dans l’armée entre 1921 et 1923. À la fin de la décennie, Pierre Bourdelle se rend plusieurs fois aux États-Unis, où il finit par recevoir quelques commandes. Alors qu’il vient de prendre la décision de s’installer durablement à New York, Pierre apprend la mort de son père, survenue le 1er octobre 1929. Outre-Atlantique, il gagne lentement une certaine notoriété loin de l’ombre tutélaire de son père, en se spécialisant dans la réalisation de décors monumentaux en bas-relief polychrome et obtient la nationalité américaine en 1934. Après une longue carrière couronnée par plusieurs commandes prestigieuses, Pierre Bourdelle se rend en Suisse en 1966 accompagné de sa fille prénommée Stéphanie. Foudroyé par une crise cardiaque, il s’éteint à Genève le 5 juillet.

