Edgar Henri Marie Aristide MAXENCE, dit Edgard MAXENCE (1871-1954)
L’Allée des Brefs à La Bernerie-en-Retz, vers 1900
Huile sur panneau
23,5 × 61,5 cm
Signé en bas à gauche E. maxence
Provenance : ancienne collection H. Orain
Natif de Nantes, Edgard Maxence est très tôt initié au dessin par l’abbé Egidio Sotta dans le prestigieux Externat des Enfants nantais. Par la suite, il entre à l’école des beaux-arts de la ville où enseigne le peintre Alexandre Chantron qui lui recommande de poursuivre ses études à Paris. Reçu sur concours en 1891, Maxence intègre brièvement l’atelier de Jules Élie Delaunay, nantais comme lui, à l’École nationale supérieure des beaux-arts, avant de rejoindre celui de Gustave Moreau, peintre qu’il considérera comme son véritable maître. Premier logiste en 1893, l’artiste obtient l’année suivante les premiers prix de « tête d’expression » et de « figure peinte », mais est éliminé dès le premier tour au concours du prix de Rome de 1895. Après avoir fait ses débuts au Salon en 1893, Maxence alterne ses envois entre portraits de commande et compositions religieuses ou mythologiques peintes dans un style symboliste teinté de médiévisme. Source d’inspiration intarissable, sa Bretagne natale sert de décor à des cortèges de jeunes femmes éthérées dont les costumes syncrétiques mêlent références chrétiennes et celtiques.
En 1898, l’artiste présente au Salon une toile intitulée L’Âme de la forêt qui, acquise par l’État, lui apporte une certaine renommée. Lors de l’Exposition décennale des beaux-arts, organisée dans le cadre de l’Exposition universelle de 1900, Maxence expose son tableau Les Fleurs du lac, récompensé cette fois d’une médaille d’or. L’œuvre représente une procession de cinq jeunes femmes, habillées à la façon du Moyen Âge, suivies par deux hommes qui chantent derrière elles. Certains d’entre eux tiennent des fleurs blanches d’arum, symbole de pureté et d’innocence. La composition est dominée sur la gauche par un vallon sur lequel s’étire une longue allée de pins maritimes se perdant dans le lointain. Cette vue s’inspire d’un lieu bien connu de l’artiste : l’allée des Brefs sur la commune de La Bernerie-en-Retz. Situé au sud-ouest de Nantes, près de Pornic, ce petit village côtier est un lieu de villégiature régulier pour l’artiste qui y possède une maison. Les lieux sont le sujet d’un paysage peint sur panneau. Sans figure, la partie inférieure du sujet est entièrement occupée par un pré aux herbes jaunies par le soleil. Les troncs effilés des pins y ponctuent l’horizon, tels des notes sur une portée musicale, et conduisent le regard jusqu’à une haute bâtisse blottie dans un bosquet d’arbres sur la gauche. Le site abritait antérieurement le château des Brefs, ancienne propriété des princes de Condé, détruite à la Révolution, avant d’être remplacée par un manoir plus modeste en 1826.
Ce même paysage se retrouve à l’identique dans une peinture exposée par Maxence au Salon de 1903 et titrée Le Calme du soir. L’allée des Brefs sert alors de toile de fond à deux jeunes femmes, richement habillées de velours et de dentelles, écoutant un musicien jouant de la viole de gambe assis dans le pré. Aujourd’hui, la plage, située en contrebas de l’allée, porte le nom de « plage Maxence » en hommage au peintre.

