Auguste ANASTASI (1820-1889)

Soleil couchant, plateau de Belle-Croix, Fontainebleau,
vers 1850
Huile sur papier marouflé sur carton
20,4 × 23 cm
Au verso, une étiquette de la vente de 1873 portant le numéro et le
titre 278 Soleil couchant plateau de/Belle-Croix Fontainebleau et le cachet
en cire de la même vente (L.60)
Provenance  : vente Tableaux, études, aquarelles d’après nature par Auguste
Anastasi, Paris, hôtel Drouot, 3-8  mars 1873, no  278  : « Soleil couchant ;
plateau de Belle-Croix. »


Né à Paris en 1820, Auguste Anastasi est le fils de Paul Joseph Anastasi, un peintre miniaturiste d’origine grecque. Devenu aveugle à l’âge de trente-six ans, le père doit élever son fils dans des conditions d’extrême pauvreté. Auguste se forme à l’École des beaux-arts de Paris auprès de Paul Delaroche et reçoit les conseils de Camille Corot. En 1843, il présente pour la première fois une œuvre au Salon, un paysage « composé », puis l’année suivante une peinture inspirée par les Fables de La Fontaine. Les premières toiles dont les titres précisent une localisation montrent l’intérêt du peintre pour les paysages de Normandie, région dans laquelle il fait de fréquents séjours. Il faut attendre 1847 pour que la localisation de « Fontainebleau » soit associée à ses œuvres dans les livrets, souvent assortie de la mention « d’après nature ». Comme Corot, Anastasi parcourt la forêt, située au sud de Paris, en quête de motif, dessinant inlassablement arbres et rochers à chaque moment du jour.

Lors de l’une de ses pérégrinations, l’artiste, muni d’une feuille et de ses couleurs, capte les effets du soleil couchant depuis le plateau de Belle-Croix. Cette partie de la forêt, déjà prisée par Jean-François Millet et Théodore Rousseau, se situe sur une élévation à proximité directe de la ville et offre une vue dégagée sur la plaine. Anastasi choisit un point de vue depuis lequel le profil des arbres en contre-jour masque en grande partie la perspective. Installé dans la pénombre, il scrute l’horizon aux tons dorés à travers une ouverture dans la végétation. La peinture, posée en touches libres et rapides, laisse transparaître par endroits le support. L’influence de Théodore Rousseau, qui affectionne ces effets de fin du jour, est particulièrement sensible dans cette étude.

Auguste Anastasi poursuit ses participations au Salon et reçoit par deux fois des récompenses pour ses paysages, en 1848 puis en 1865. Fort de ses premiers succès, le peintre entame une série de voyages en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne, mais doit attendre l’été 1862 pour découvrir l’Italie. S’il ne peut y rester que quelques mois, ce séjour lui inspire plusieurs toiles qu’il présente au Salon. À cette époque, il ressent déjà les premiers effets de l’hérédité paternelle et profite de chaque occasion pour travailler tant que cela est encore possible. Atteint d’une cécité totale et définitive à partir de 1869, Anastasi ne peut plus peindre ni voyager et se retrouve rapidement sans ressources. Ses amis, inquiets de son sort, organisent une vente de leurs œuvres pour lui porter secours. Les paysagistes Corot, Daubigny, Dupré ou Harpignies, ainsi que plusieurs artistes académiques, Bonnat, Bouguereau, Gérôme et même Gustave Moreau, montrent leur générosité. En 1873, Anastasi est tout de même contraint de vendre son fonds d’atelier aux enchères. Le fruit très important de ces deux vacations permettra à l’artiste de vivre dignement malgré son handicap jusqu’à sa mort en 1889.

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