Charles-Émile JACQUE (1813-1894)

Nature morte, Autoportrait par l’objet, vers 1849
Huile sur toile
30 x 38,5 cm
Signé en bas à droite Ch. Jacque
Autour d’une grande cruche de terre vernissée sont disposés un fauteuil confortable, un grand carton à dessin vert, un chevalet de campagne de guingois et différents objets, assiettes, bouteilles, verres et casseroles. Une petite toile représentant un paysage au clair de lune est suspendue de travers sur le chevalet. Abandonnée sur le fauteuil, une blouse de peintre, et plus loin, une lourde veste bleue brodée d’or, éclairent la scène. De la paille éparpillée pourrait prêter à confusion en suggérant l’intérieur d’une bergerie ou d’un poulailler, quand se dessine à l’arrière-plan, dans la pénombre, les contours d’une cheminée de bois. Une souris, seule animation, se fraye un chemin dans ce fatras organisé.
L’auteur, Charles Jacque, a débuté sa carrière comme graveur avant de s’engager dans l’armée. À la fin des années 1830, démobilisé, il se rend en Angleterre et conçoit une série d’illustrations pour les œuvres de Shakespeare avec un certain succès. À son retour en France, il se lie d’amitié avec le peintre Philippe-Auguste Jeanron, futur directeur du Louvre, qui réalise son portrait. Il partage avec Jean-François Millet et Théodore Rousseau une même conception du paysage et un même attrait pour la vie rurale. En mars 1849, alors que Paris est touché par une terrible épidémie de choléra, Jacque fuit la capitale et décide de s’installer au mois d’août à Barbizon. Il incite Millet à le suivre avec toute sa famille. Après avoir logé quelque temps à l’auberge Ganne, lieu de séjour pour tous les peintres de passage, Jacque achète une maison dans le village. Il s’intéresse alors aux sujets animaliers avec une prédilection pour les ovins et les gallinacés. Ses scènes de bergerie lui vaudront d’ailleurs le surnom de « Raphaël des moutons ».
Véritable autoportrait symbolique, cette nature morte évoque l’homme sans le représenter. Frileux de réputation, Jacque a pris soin de disposer sa lourde veste bleu et or au centre de la composition. La cheminée et le dallage semblent similaires à ceux que l’on retrouve dans l’auberge Ganne et permettent de supposer que l’œuvre a été réalisée dans ce lieu. Le peintre ne s’éloignera jamais longtemps de Barbizon, changeant régulièrement de maison, jusqu’à l’achat d’un terrain sur lequel il se lance dans l’élevage d’espèces rares de gallinacés. Il publiera même un ouvrage scientifique sur le sujet, Le poulailler, richement illustré de gravures d’après ses dessins, en 1869. Deux des fils du peintre, Émile et Frédéric, suivront ses traces sur la voie de la peinture animalière, perpétuant le nom de Jacque dans ce genre spécifique, jusqu’au début du XXe siècle.
