Jean-Auguste-Dominique INGRES (1780-1867)
Buste antique, vers 1795
Sanguine sur papier
46 x 31 cm
Signé en bas à droite par ingres fils
Vendu
En 1791, le jeune Jean Ingres, que ses parents surnom- ment affectueusement « Ingrou », quitte sa ville natale de Montauban pour rejoindre l’Académie royale de Toulouse. Son père, Joseph Ingres, est lui-même un artiste au talent localement reconnu. Musicien amateur, mais surtout sculpteur, peintre, décorateur et miniaturiste, c’est auprès de lui que le petit Jean reçoit ses premières leçons de violon et de dessin. Suivant ses conseils, Ingres ls réalise plusieurs co- pies d’après les maîtres et les œuvres de son père. Le musée de Montauban conserve quelques rares exemples des travaux antérieurs à son départ. À Toulouse, alors qu’il n’a que onze ans, l’élève Ingres rencontre ses nouveaux professeurs, le peintre Joseph Roques et le sculpteur Jean-Pierre Vigan, chez qui il est hébergé. Les archives de l’École des beaux- arts de Toulouse mentionnent très tôt ses succès et les prix d’encouragement qu’il reçoit. Comme à Montauban, il pour- suit sa formation en travaillant d’abord d’après des gravures anciennes puis très rapidement d’après la ronde-bosse avant de s’installer devant le modèle vivant. Son père est un ancien de l’établissement : Jean signe donc Ingres fils. Durant son apprentissage, il alterne les différentes techniques graphiques à sa disposition : le crayon, l’encre ou la sanguine.
Au centre d’une page de belle dimension, un profil d’homme à l’antique se détache sur un fond hachuré avec soin. Représenté en buste, il apparaît comme suspendu dans les airs, privé d’un socle que l’artiste aura choisi d’omettre. Les boucles de ses cheveux sont détaillées à la pointe d’un bâton de sanguine, pour mettre en évidence le jeu des creux et des accroches de lumière. Le modèle, qu’il s’agisse d’une gravure ou d’une sculpture en plâtre mise à la disposition des élèves de l’Académie, n’est pas précisément identifié. On peut cependant le rapprocher du Brutus dessiné par Jean-Jacques Lequeu à la même époque. Les deux œuvres montrent un pro l brutal et sec, dont l’arête du nez pour- suit la ligne du front sans cassure ni interruption. La manière générale du dessin s’inspire également des gravures réalisées d’après les belles feuilles du sculpteur Edmé Bouchardon. Le goût d’alors est à l’antique et le peintre Jacques-Louis David apparaît comme le chef de le incontesté du mouvement néo-classique en France. Fort de sa solide formation toulousaine, le jeune Ingres rejoint l’atelier de celui qui deviendra son nouveau maître à Paris en 1797.
Ce dessin à la sanguine, signé ingres fils en bas à droite, fut tracé une ou deux années avant ce départ, soit autour de 1795 et s’avère d’une qualité déjà supérieure à celle des premières feuilles hésitantes que nous connaissons de lui et datées pour la plupart d’avant 1794. Sa préférence pour une antiquité mêlant archaïsme et classicisme est déjà sensible. Le pro l droit et sans rupture du modèle annonce celui d’Achille dans la toile qui lui fera remporter le Prix de Rome en 1801. Fier du succès de son ls, Joseph Ingres commencera à signer ses œuvres Ingres père, alors que Jean sera Ingres pour le reste de ce siècle naissant.

