Jean-Jacques CHAMPIN (1796-1860)
Vue de la pointe Saint-Mathieu, Finistère, vers 1840-1845
Huile sur papier marouflé sur toile
30,2 × 45 cm
Localisé en bas à gauche St Mathieu (finistere).
Signature partiellement lisible en bas à droite [C]ham[pin]
Champin, prénommé Jean-Jacques en hommage à Rousseau, est le fils d’un graveur établi à Sceaux. Formé dans les ateliers de Félix Storelli puis de Jacques Auguste Régnier, il se spécialise dans le genre du paysage et entreprend à partir de 1823 de nombreux voyages en Bourgogne, dans les Pyrénées et dans les Alpes puis jusqu’en Italie où il séjourne en 1830. Excellent lithographe, Champin collabore avec Régnier à l’illustration de plusieurs ouvrages en traduisant sur la pierre les œuvres de son maître : Vues pittoresques des principaux châteaux et des maisons de plaisance des environs de Paris et des départements, en 1826, puis Les Habitations des personnages les plus célèbres de la France depuis 1790 jusqu’à nos jours publié entre 1831 et 1835, dont l’introduction est confiée à Charles Nodier. Sur l’invitation de ce dernier, Champin fréquente la bibliothèque de l’Arsenal et son salon littéraire où il côtoie Victor Hugo, Alexandre Dumas et Alphonse de Lamartine.
Jean-Jacques Champin rapporte de ses voyages une multitude de dessins et d’esquisses qu’il reproduit ou fait reproduire, le plus souvent par la lithographie, à son retour dans la capitale. Si les notices biographiques mentionnent régulièrement sa présence en Bretagne, seule une gravure représentant une vue de Tréguier, à l’ouest de Saint-Brieuc, pouvait attester de sa présence en un point aussi loin à l’ouest. La redécouverte d’une huile sur papier ayant pour sujet la pointe Saint-Mathieu dans le Finistère permet d’étendre son parcours connu jusqu’au point le plus occidental de la carte. L’œuvre nous montre l’ensemble du site composé de l’abbaye, du phare et de deux pierres dressées terminées par des croix. Emblématiques du lieu, ces anciennes stèles gauloises taillées en croix par les moines pour les christianiser sont placées par l’artiste au premier plan de sa composition. Champin, par son choix de cadrage, divise sa vue en deux parties égales reliées par les stèles. Le bas, plongé dans l’ombre, s’anime de deux figures en costumes traditionnels quand le ciel occupant la moitié supérieure apporte une lumière diffuse au reste de l’image. Au loin, sur la ligne d’horizon, entrecoupée par les éléments d’architecture, on peut apercevoir, par petits bouts, la mer d’un bleu limpide.
Lorsque Taylor et Nodier publient leurs volumes des Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France consacrés à la Bretagne en 1845 et 1846, ils ne font étrangement pas appel à leur ami Champin. Les différentes images illustrant la pointe Saint-Mathieu dans l’ouvrage sont alors gravées par Mayer d’après des dessins d’Eugène Ciceri.

