Charles Marie BOUTON (1781-1853)
Vue du Camposanto de Pise en ruine, vers 1829-1830
Huile sur toile
23 × 30,5 cm
Signé en bas à droite Bouton.
Charles Marie Bouton, bien que se revendiquant autodidacte, fut probablement l’élève de Jean Victor Bertin et de Pierre Prévost après avoir fréquenté un temps l’atelier de Jacques Louis David. Son style, proche de celui de François Marius Granet et d’Auguste de Forbin, marque également l’influence lyonnaise des premiers peintres troubadours. Au Salon, Bouton expose des vues d’intérieur et des architectures en ruine qui font de lui le chef de file d’un genre dont le succès auprès du public est grandissant. À partir de 1822, il s’associe à Louis Daguerre pour la création du Diorama. Constitué de gigantesques toiles peintes à l’huile, translucides par endroits, le procédé présente des paysages et des intérieurs d’églises ou de monuments dont l’aspect change en fonction de la lumière. Il connaît un très vif succès et attire, entre 1822 et 1830, les spectateurs en masse pour admirer, au fil des saisons, vingt et une compositions différentes.
Exposée du 1er août 1829 au 14 mai 1830, sa dernière contribution au « Diorama de Paris » représente une vue du Camposanto de Pise. Construit à la fin du xiiie siècle, près de la cathédrale de Pise, le Camposanto est un cimetière monumental conçu comme un cloître ouvert sur une vaste cour rectangulaire par des arcatures à claire-voie soutenues par de minces meneaux ornés d’entrelacs. Sous les voûtes, un ensemble de sarcophages, de tombes et de sculptures s’adosse aux murs couverts de fresques. La redécouverte en 2019 d’un grand modello horizontal, dont l’éclairage par l’arrière permet de faire varier l’image, donne une idée précise du résultat voulu par les deux artistes. Une autre esquisse de Bouton représentant une Vue du Camposanto de Pise en ruine, d’un format beaucoup plus réduit, peut apparaître comme une étape préalable à ce projet ou une variation. Cette œuvre montre le site en ruine dans un état exagérément dégradé, même après le passage des armées napoléoniennes. La toiture éventrée laisse passer les rayons du soleil et des poutres jonchent le sol comme si les lieux avaient été depuis longtemps abandonnés. Sans se déplacer jusqu’en Toscane, l’artiste a pu s’inspirer d’un tableau d’Auguste de Forbin, exposé au Salon de 1827, dont il reprend le cadrage ainsi que certains détails comme la Vierge sur la gauche ou le sarcophage antique adossé au mur de droite. Sur cette peinture le Camposanto apparaît déjà dans son état après restauration. En 1807, sur ordre de la reine d’Étrurie, Carlo Lasinio avait été chargé de la réhabilitation de l’ensemble du bâtiment.
Au début de l’année 1830, Daguerre et Bouton rompent leur association. Tandis que le premier poursuit ses activités à Paris, le second ouvre une nouvelle salle de diorama à Londres. La toile monumentale du Camposanto de Pise entreposée dans un local à Paris a été détruite, avec toutes les autres, lors d’un incendie en 1839. De retour en France, Bouton décide d’ouvrir, au début des années 1840, une salle concurrente à celle d’origine encore dirigée par Daguerre. Aujourd’hui l’unique diorama qui subsiste de ce dernier, réalisé en 1842, est conservé à Bry-sur-Marne et représente le chœur d’une église gothique.

