Simon DENIS (1755-1813)

Rochers dans l’eau vive, vers 1789
Huile sur papier marouflé sur toile
18 × 34 cm
En bas à droite, présence d’une lettre r apocryphe

D’origine flamande, Simon Denis se forme à Anvers, dans l’atelier du peintre Henri Joseph Antonissen, avant de s’installer à Paris en 1775. Là, il entre au service de l’artiste et marchand d’art Jean-Baptiste Le Brun et peut assister, en 1776, au mariage de celui-ci avec la jeune peintre Élisabeth Louise Vigée, future portraitiste de la reine Marie-Antoinette. Après plus de dix années passées auprès des époux Le Brun, Simon Denis, souhaitant visiter l’Italie, sollicite son ami et maître pour financer le voyage. En 1786, l’artiste quitte Paris pour se rendre à Rome où il se mêle aux communautés des peintres flamands et francophones. Il se marie l’année suivante avec une Romaine et décide de s’installer durablement dans la péninsule. Avec François Guillaume Ménageot, directeur de l’Académie de France, Simon Denis accueille Élisabeth Louise Vigée Le Brun à Rome en 1789. Ensemble, ils se rendent jusqu’à Tivoli, où le peintre a ses habitudes.

Sur place, Simon Denis adopte une approche analytique en étudiant de manière directe la texture des roches, des plantes, les mouvements des nuages ou les reflets de la lumière sur l’eau des cascatelles. Muni d’une feuille de papier et de ses couleurs, préparées à l’avance, il capte son motif, en pleine nature, sans souci excessif de composition. Sur l’une de ses études, on peut voir les eaux vives d’un ruisseau blanchir en frappant les rochers bruns et verts qu’elles contournent. Le traitement, en touches rapides et visibles, laisse apparaître le support et renforce le caractère instantané de l’image que nous livre l’auteur. Geneviève Lacambre, en étudiant les œuvres de Simon Denis, avait identifié cinquante-deux de ces esquisses, classées par l’artiste en six catégories thématiques, mais estimait leur nombre global à plus de cent soixante. Les quelques exemplaires connus, non marouflés, présentent au revers, en plus de la signature et d’une indication de localisation, un numéro d’inventaire ajouté a posteriori par le peintre. Sur l’étude présentée ici, du fait de son encollage ancien sur toile, la présence éventuelle de ces informations est masquée. L’œuvre peut cependant être intégrée au premier ensemble de trente huiles sur papier consacré par Denis à l’étude de l’eau durant son séjour en Italie.

Comme Pierre Henri de Valenciennes et Jean Joseph Xavier Bidauld, ses contemporains, Simon Denis compte parmi les grands réformateurs de la peinture de paysage ayant ouvert la voie aux paysagistes du XIXe siècle. Après sa mort en 1813, l’artiste est peu à peu tombé dans l’oubli et la plupart de ses esquisses, non signées, furent attribuées à des peintres aux noms plus populaires tels que Camille Corot ou Théodore Rousseau. La trace d’une lettre apocryphe « r », encore visible à l’angle inférieur droit de cette étude, atteste d’une tentative ancienne d’appuyer une attribution économiquement plus valorisante.

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