Gustave COURTOIS (1852-1923)

Saint Sébastien et l’ange, vers 1875-1880
Huile sur carton
17 × 24 cm
Saint Sébastien occupe une place particulière dans l’histoire de l’art chrétien. Popularisé par Jacques de Voragine dans sa Légende dorée au XIIIe siècle, ce jeune soldat romain martyrisé pour sa foi offre aux artistes de la Renaissance un prétexte pour la représentation du nu masculin. Héritier de l’Antinoüs romain, il incarne la beauté adolescente figée dans l’éternité par la mort. Au tournant des XVe et XVIe siècles, l’iconographie liée au personnage s’établit sous les pinceaux du Pérugin puis de Raphaël. Imberbe, presque nu et criblé de flèches, le jeune homme est le plus souvent attaché à un arbre ou à une colonne. Son attitude et sa posture dans le martyre évoluent pour se charger d’une connotation érotique qui n’a rien d’involontaire. Dans les peintures du Sodoma, puis de Guido Reni, à la faveur du maniérisme, le corps du modèle se déhanche et sa douleur devient extase. L’intérêt de Courtois pour l’image de ce saint est précoce. Une petite huile sur carton, datant du milieu des années 1870, explore le thème avec une pudeur qui peut surprendre. Allongé dans l’herbe et couvert d’un étrange tissu rouge et noir, Sébastien, inconscient, a les poignets liés par un cordage. Autour de lui, des flèches jonchent le sol tandis qu’un putto sans ailes dépose le nimbe au-dessus de sa tête et tient une palme, symbole du martyre. Au loin, sur la droite, deux figures esquissées en quelques touches d’ocre et de noir évoquent l’arrivée de sainte Irène et sa servante s’approchant pour le soigner. Le traitement ouvertement érotique que Courtois réservera à ce sujet dans ses œuvres de maturité contraste fortement avec la retenue dont il fait preuve ici.
