Philippe CHAPERON (1823-1906)

La Cour de Cléopâtre, 1882
Reprise de l’acte II, tableau 14 de Les Mille et une nuits [féerie inaugurée à Paris au théâtre du Châtelet le 14 décembre 1881]
Aquarelle, encre, gouache et collage sur papier
24,5 × 30,5 cm
Signé et daté en bas à gauche Ph. Chaperon 1882.
Légendé et dédicacé en bas à droite Souvenir des Mille et une nuits à M. Emile Rochard. [(1850-1918)]
Vendu
Issu d’un milieu modeste, Philippe Chaperon grandit à Paris. Après des études secondaires, il s’inscrit à l’École des beaux-arts dans la classe d’architecture de Victor Baltard. En 1842, sa formation terminée, Chaperon entre dans l’atelier de Charles Ciceri, le directeur des décors de l’Opéra alors situé rue Le Peletier. Il collabore dans cette institution avec d’autres artistes, tels que Charles Séchan, Édouard Desplechin, Jules Diéterle ou Auguste Rubé. Après un voyage en Espagne à la fin des années 1840, Chaperon crée avec Rubé un atelier indépendant. Parallèlement à ses activités de décorateur de théâtre, l’artiste participe au Salon où il expose des peintures de chevalet marquées par sa formation d’architecte. Chaperon réalise également des peintures décoratives pour des églises ou des hôtels particuliers et reçoit des commandes pour le palais des Tuileries et l’Hôtel de Ville de Paris. En association avec Rubé, il devient l’un des plus prolifiques décorateurs de théâtre et d’opéra de la seconde moitié du XIXe siècle.
Durant l’année 1881, Philippe Chaperon travaille sur les décors d’un spectacle dont les représentations doivent commencer le 14 décembre sur la scène du théâtre du Châtelet. Cette pièce, une féérie musicale en trois actes et trente et un tableaux, est baptisée Les Mille et une nuits.Sur une musique d’Amédée Artus, le livret écrit par Adolphe d’Ennery et Paul Ferrier doit plonger le spectateur dans un monde féérique de légendes orientales. À cette fin, Émile Rochard, directeur du Châtelet fait appel aux meilleurs artistes de l’époque pour réaliser la trentaine de décors nécessaires. Henri Robecchi, Auguste Rubé et Philippe Chaperon se chargent d’imaginer la plupart d’entre eux. Pour l’Acte II, le quatorzième tableau doit représenter la cour de Cléopâtre. Chaperon conçoit une architecture de palais d’inspiration égyptienne composée d’une vaste salle dont le plafond peint est soutenu par des colonnes à chapiteaux hathoriques. Sur la gauche, l’artiste installe un édicule où l’actrice jouant Cléopâtre pourra se placer et ouvre l’arrière-plan sur un temple monumental auquel on accède par une volée de marches. Ce décor est celui qui marquera le plus les esprits et sera choisi à maintes reprises par les journaux pour illustrer la pièce qui connaît un succès retentissant tout au long de l’année 1882.
Émile Rochard, le directeur du théâtre, ne peut être que satisfait, Les Mille et une nuits donnant lieu à deux cent soixante et une représentations, presque toutes, à guichets fermés. Pour célébrer cette réussite, Chaperon offre à Rochard une reprise à l’aquarelle et à la gouache de son décor emblématique pour La Cour de Cléopâtre. De manière à animer sa composition, l’artiste a réalisé sur un autre support cinq petites figures en costumes égyptiens avant de les découper minutieusement puis de les coller, intégrant à la scène un musicien jouant de la harpe, un porteur d’éventail et plusieurs gardes en armes.
