Gustave COURTOIS (1852-1923)

Narcisse, vers 1877
Crayon noir, craie blanche et gouache sur papier teinté au lavis brun
20 × 19,5 cm
À vue : 16 × 15 cm
Signé en bas à droite Gustave Courtois
Annoté dans la marge supérieure Alexandre
Œuvre en rapport : Gustave Courtois, Narcisse [Salon de 1877, no 582], huile sur toile, Marseille, musée des Beaux-Arts
« Le beau Narcisse meurt de s’être trop aimé ;
Il se mire dans l’eau ; son œil est vague et tendre ;
Des bruits de la forêt il ne veut rien entendre,
Et de sa propre vue il demeure charmé…
Et c’est en souriant qu’il se sent expirer. (C. Grandmougin). »
Livret du Salon de 1877
Ces quelques vers de Charles Grandmougin légendent dans le livret du Salon de 1877 le Narcisse qu’expose Gustave Courtois (musée des Beaux-Arts de Marseille). Le poète et le peintre ont tous les deux fait leur scolarité à Vesoul et se sont retrouvés à Paris. Grandmougin publia deux de ses poèmes dans le troisième et dernier volume du Parnasse contemporain en 1876, quand Courtois travaillait sur son sujet daté de la même année. Narcisse est une figure récurrente de l’histoire de l’art dont le thème tiré des Métamorphoses d’Ovide inspire les artistes depuis l’Antiquité. Le mythe raconte l’histoire d’un jeune homme dont la beauté était telle, qu’épris de lui-même, il finit par mourir de regarder son reflet dans l’eau. Les dieux de l’Olympe par pitié pour son sort lui offrirent l’immortalité sous la forme d’une fleur blanche qui porte son nom : le narcisse.
Sur un dessin préparatoire à sa composition pour le Salon, Courtois s’intéresse plus particulièrement au visage de l’adolescent se reflétant à la surface de l’eau. Après avoir délimité un carré en brun foncé sur son support, l’artiste est venu tracer le contour du double visage à la pierre noire avant de le relever de craie blanche pour l’éclairer. Le modèle, la bouche entrouverte et les yeux presque fermés, s’abandonne lentement à son sort tandis que sur son reflet les paupières semblent déjà closes pour l’éternité. Dans l’angle inférieur gauche, le peintre d’un geste rapide a étalé de la gouache blanche qui en se mêlant à la préparation du support s’est teintée d’un ocre un peu rosé. Dans la composition définitive exposée au Salon de 1877, le visage de l’adolescent paraît plus juvénile. Allongé au bord du ruisseau, le corps de l’adolescent devient le sujet principal de l’œuvre et son reflet un détail iconographique plus secondaire qui est négligé le plus souvent dans les autres études dessinées par l’artiste.
Gustave Courtois, fasciné par le corps masculin, est ouvertement homosexuel. Sa relation intime avec Carl von Stetten, un peintre d’origine allemande rencontré dans l’atelier de Gérôme, est vécue par les deux hommes avec une certaine liberté. Le fort intérêt du peintre pour la nudité masculine transparaît de plus en plus sa carrière avançant. Ses œuvres les plus tardives exposent, au prétexte de sujets mythologiques, la musculature sculpturale de Maurice Deriaz, un lutteur d’origine suisse qui devient au début du XXe siècle son modèle de prédilection.
