Emmanuel FRÉMIET (1824-1910)

Une hirondelle, vers 1870
Pierre noire et craie blanche sur papier
25 × 43,5 cm
Signé des initiales à droite du motif E F
Vendu
Né à Montrouge en 1824, Emmanuel Frémiet est initié très tôt au dessin par une lointaine cousine, Sophie Rude, artiste peintre reconnue et épouse du sculpteur François Rude. Abandonné au début de l’adolescence par son père, un ouvrier graveur, il est contraint d’exercer différents petits métiers pour survivre. À l’âge de quatorze ans, il commence à suivre des cours du soir à l’école gratuite de dessin, rue de l’École-de-Médecine à Paris, puis fait la connaissance de Jean-Charles Werner, peintre naturaliste au Muséum national d’Histoire naturelle et celle de Mathieu Orfila, le doyen de la faculté de médecine. Auprès d’eux, le jeune artiste aborde le dessin comme une démarche scientifique, remplissant ses carnets de plantes, d’animaux, d’insectes ou des pièces d’anatomie qu’il étudie, analyse et mesure pour les tracer à la pointe du crayon ; avant d’être beau, son travail se doit d’être juste. Vers 1840, il est employé comme lithographe scientifique et réalise des moulages d’anatomie comparée sur les cadavres de la morgue à l’École de médecine. En marge de ses nombreuses activités, Frémiet fréquente, une fois sa journée terminée, l’atelier de son oncle, François Rude, dans lequel il vient dessiner d’après des modèles antiques.
En 1843, sans jamais avoir fréquenté l’École des beaux-arts de Paris ni avoir remporté aucun concours, Frémiet fait ses débuts au Salon en envoyant une sculpture représentant une gazelle d’Alger. Année après année, l’artiste se fait connaître comme sculpteur animalier et reçoit sa première récompense en 1849 pour Matador de l’équipage du Cerf à M. du Pouilloux, groupe en plâtre complexe mêlant figure humaine, cheval et chiens. Très apprécié sous le Second Empire, Frémiet reçoit des commandes prestigieuses de sculptures monumentales destinées au château de Pierrefonds ou à l’espace public parisien tout en poursuivant sa production de petits modèles animaliers édités en bronze par son ami Charles More. Loin d’être majoritaires dans sa production, les oiseaux n’en sont pas pour autant absents. Un Héron exposé en 1849, une Poule cochinchinoise l’année suivante et un Coq japonais en 1876 peuvent en attester.
Resté attaché au Muséum national d’Histoire naturelle qu’il continue de fréquenter, l’artiste travaille toujours en étudiant minutieusement les animaux. Une hirondelle posée sur le ventre, les ailes déployées, lui sert un jour de modèle pour un dessin dont le naturalisme confine à l’exercice de trompe-l’œil. Sur une feuille de papier gris, l’artiste trace au fusain et à la craie blanche le plumage bicolore du volatile, représenté taille réelle. D’une envergure de trente centimètres, d’une pointe d’aile à l’autre, et d’une longueur de quinze centimètres du bec à la queue, l’oiseau semble figé en plein vol. Deux traces de fusain estompées sur la droite marquent l’ombre et ajoutent au réalisme trompeur.
