Tony JOHANNOT (1803-1852)

Arsène Houssaye à son balcon, vers 1850
Aquarelle et encre sur papier 
23,8 × 17,7 cm
Signé en bas à droite Tony Johannot
Publication : frontispice gravé par Gabriel Xavier de Montaut d’après Tony Johannot pour Arsène Houssaye, Voyage à ma fenêtre, Paris, V. Lecou, 1851 [n. p.]

Arsène Housset (1814-1896), plus connu sous le pseudonyme d’Arsène Houssaye, est un homme de lettres influent du milieu du XIXe siècle. Pilier de la presse artistique et littéraire française, il dirige notamment le journal L’Artiste grâce auquel il peut publier les œuvres de ses amis Gérard de Nerval et Théophile Gautier. Il fait également la promotion de jeunes auteurs tels que Charles Baudelaire, Théodore de Banville ou encore Champfleury. Suite à la révolution de 1848 et sur l’intervention de son amie Rachel, la célèbre tragédienne, Houssaye est nommé à la direction de la Comédie-Française par le président Louis-Napoléon Bonaparte, nouvellement élu. À la tête d’une immense fortune amassée grâce à plusieurs opérations boursières et à d’heureuses spéculations immobilières, il achète au cœur du parc de la folie Beaujon, dans l’actuel VIIIarrondissement de Paris, un magnifique hôtel particulier mêlant les styles gothique, Renaissance et hindou. Dans sa résidence, surnommée le « château à trois tours », il organise des fêtes fastueuses, ses célèbres « redoutes », au cours desquelles il reçoit ses amis, ainsi que de nombreuses personnalités du monde des arts et des lettres. Le peintre et illustrateur Tony Johannot présent à l’une d’elles représente son hôte, assis à son balcon, sur une petite peinture inscrite dans un ovale. 

Lorsque Arsène Houssaye publie en 1851 son livre intitulé Voyage à ma fenêtre, il demande à Johannot de répéter sa composition à l’aquarelle, avec quelques changements, pour servir de modèle au frontispice de l’ouvrage qui sera gravé par Gabriel Xavier Montaut. Houssaye, légèrement plus âgé que dans la peinture, est installé au centre du balcon devant une fenêtre bordée de roses. Accoudé à la grille du garde-corps, l’homme de lettres, pensif, semble ignorer le cortège de femmes qui l’entourent. Assise à sa droite, Anne Stéphanie Bourgeois, son épouse, regarde vers l’intérieur du grand salon comme pour vérifier que tout se déroule au mieux. Un peu plus sur la gauche, une jeune femme en robe noire lève la tête et semble réfléchir. La main délicatement posée sur la joue, il doit s’agir de l’élégante Rachel immortalisée dans cette posture par le sculpteur Jean Auguste Barre quelques années plus tôt. À droite, enfin, Théophile Gautier se tient fièrement tel un pilier et nous prend à témoin. Ajout principal de cette nouvelle version, l’écrivain et critique d’art remplace ici une discrète jeune femme en capeline. 

Le texte lui-même est un récit de voyage humoristique où l’auteur, depuis des balcons, analyse le monde qui l’entoure et la société de son temps. En plus de ses pensées ou opinions, il y évoque ses amitiés littéraires et décrit ses collections d’œuvres d’art amassées dans son château. Tony Johannot que Théophile Gautier considère comme le « roi de l’illustration » décède à l’âge de quarante-huit ans, une année seulement après la publication de l’ouvrage d’Arsène Houssaye. Avec son frère aîné Alfred, il est l’un des plus talentueux artistes de l’époque romantique.

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