Paul DELAROCHE (1797-1856)

Étude pour L’Enfance de Pic de la Mirandole, vers 1842
Crayon sur papier 
13 × 12 cm
Provenance : collection particulière, New York
Œuvre en rapport : Paul Delaroche, L’Enfance de Pic de la Mirandole, 1842, huile sur toile, Nantes, musée d’Arts

Depuis le début du XIXe siècle, les éditeurs multiplient la publication d’ouvrages destinés à la jeunesse faisant le récit souvent romancé de l’enfance des grands personnages du temps passé. On peut y lire des anecdotes touchantes ou héroïques relatives aux premières années du peintre Léonard de Vinci ou du chevalier Bayard, par exemple. Jean Pic de la Mirandole, philosophe humaniste florentin du XVe siècle, n’échappe pas à cette mode. Héritier d’une fortune considérable, l’enfant fut formé par les meilleurs esprits de son temps et consacra, par la suite, sa vie à l’étude et au savoir. En 1842, le peintre Paul Delaroche travaille sur une toile représentant le futur philosophe, encore nourrisson, s’éveillant aux joies de la lecture avec sa mère. 

Delaroche est incontestablement l’un des artistes les plus célèbres de son temps. Formé dans l’atelier du baron Gros, il expose au Salon dès l’âge de vingt-cinq ans et connaît un immense succès en 1824 avec sa Jeanne d’Arc malade. Devenu le chef de file de la peinture de genre historique, il ouvre un atelier où se pressent les élèves, mais doit le fermer en 1834 pour partir en Italie. À son retour, il cesse rapidement d’exposer aux salons et se consacre aux nombreuses commandes publiques et privées qu’il reçoit. Pour chacune de ses œuvres, il fournit un grand nombre d’esquisses et d’études. L’une de ces feuilles, préparatoire à L’Enfance de Pic de la Mirandole, se concentre sur les mains de la mère du futur philosophe. D’un coup de crayon précis, l’artiste inscrit celle de gauche isolée et suspendue dans le vide, alors que la droite rattachée au bras du modèle tient entre ses doigts un livre ouvert. Bien qu’incomplet, le dessin montre un éloignement cohérent des deux mains qui ne sera cependant pas conservé dans la composition définitive. Le bambin nu, installé sur un coussin de soie brodée, regardera avec intérêt l’ouvrage que sa mère lui présente. L’iconographie du tableau emprunte ses modèles à l’art religieux, mêlant le thème de la Madone à l’enfant à celui de l’éducation de la Vierge. 

L’œuvre destinée à Alphonse Clarke, comte de Feltre, illustre le goût et l’érudition de ce compositeur et collectionneur. Fils du maréchal de France Henri Jacques Guillaume Clarke, ancien ministre de la Guerre sous Louis XVIII, Alphonse partage avec son frère Edgar sa passion pour les œuvres d’art. Très tôt, ils conviennent que celui d’entre eux qui survivrait à l’autre léguerait à un musée la collection de tableaux qu’ils avaient constituée en commun pour éviter sa dispersion. En 1852, après la mort d’Edgar, l’ensemble est donc légué au musée de Nantes. Parmi les nombreux tableaux se trouve un groupe important de toiles et d’études de Delaroche dont L’Enfance de Pic de la Mirandole.

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