Aurèle ROBERT (1805-1871)

Arrivée des Moissonneurs dans les Marais pontins, vers 1831
Encre sépia et gouache sur papier
23,4 × 35 cm
Annoté, localisé et daté en bas à gauche Lld Robert pinx. Rome/1830
Signature masquée en bas à droite ARobert Del.
Œuvre en rapport : Léopold Robert, Arrivée des Moissonneurs dans les Marais pontins [Salon de 1831, no 2836], huile sur toile, Paris, musée du Louvre
Les peintres suisses Léopold et Aurèle Robert sont nés aux Éplatures (La Chaux-de-Fonds) dans la principauté de Neuchâtel ; l’aîné en 1794 et le second en 1805. À seize ans, Léopold part étudier à Paris chez Girardet, un compatriote graveur, avant d’entrer à l’Académie impériale et de poursuivre sa formation dans l’atelier de Jacques Louis David. En 1815, à la chute de Napoléon, Neuchâtel passant sous domination prussienne, Léopold perd la nationalité française et ne peut plus concourir pour le prix de Rome. Contraint de rentrer en Suisse, il retrouve son jeune frère qui se destine à un apprentissage de graveur en horlogerie. Abandonnant peu à peu la gravure au profit de la peinture, Léopold souhaite se rendre en Italie et, grâce au soutien d’un mécène, part pour Rome en 1818. Quatre ans plus tard, il est rejoint par Aurèle qu’il décide de former en lui confiant des travaux de copie. Après quelques années, le plus jeune gagne Paris à son tour pour étudier dans l’atelier de Pierre Narcisse Guérin.
Resté à Rome, Léopold ambitionne de réaliser quatre peintures monumentales devant évoquer à la fois les quatre saisons et les principales régions d’Italie. La première de ces toiles, Le Retour du pèlerinage de la Madone de l’Arc, représentant le printemps à Naples, remporte un immense succès au Salon de 1827 avant d’être achetée par le gouvernement français pour la Galerie du Luxembourg. Peinte en 1830, l’Arrivée des Moissonneurs dans les Marais pontins, représentation de l’été, est exposée au Salon de 1831 où elle apporte gloire et honneurs à son acquisition sur la liste civile de Louis-Philippe. La composition montre un groupe de paysans italiens célébrant, en chantant et dansant autour d’un char tiré par des buffles, la fin de la moisson au jour finissant. L’œuvre une nouvelle fois acquise par le Roi se doit alors d’être diffusée pour asseoir la notoriété du peintre. Léopold confie alors à son jeune frère la tâche de traduire la peinture en dessin comme modèle pour une éventuelle gravure. Dans ses propres inventaires, Aurèle précise avoir exécuté plusieurs copies de l’œuvre destinées à être offertes, par exemple à la comtesse de Menou, ou pour le commerce sur la sollicitation de certains marchands. Dès 1832, dans une lettre à Marcotte d’Argenteuil, Léopold s’émeut du nombre de reprises exécutées par son frère sans son accord. Le présent dessin, au lavis de sépia rehaussé de gouache blanche, d’une qualité exceptionnelle, témoigne de ce travail. Annotée, localisée et datée en bas à gauche « Lld Robert pinx. Rome/1830 » l’œuvre porte également la signature d’Aurèle à droite masquée ultérieurement par un trait d’encre probablement à des fins commerciales.
En 1831, l’instabilité politique romaine force Léopold à quitter la ville pour s’établir à Florence puis à Venise où Aurèle le rejoint. Là, il peint la troisième peinture de son cycle des saisons : Le Départ des pêcheurs de l’Adriatique. La toile achevée, le peintre s’enfonce dans la dépression et finit par se trancher la gorge dans son atelier du palais Pisani en 1835. Revenu en Suisse après la mort de son frère, Aurèle n’aura de cesse tout au long de sa vie que de faire perdurer le souvenir du talent de Léopold.
Nous remercions Ariane Maradan, spécialiste des deux artistes, pour son aide et ses conseils dans la rédaction de cette notice.
