Lancelot Théodore TURPIN DE CRISSÉ (1782-1859)

Restes du château de Douville-sur-Andelle, 1830
Encre sépia et crayon sur papier
29,2 × 18 cm
Signé du monogramme et daté en bas à droite T·T/1830
Légendé, hors vue, dans la marge inférieure Restes du château du pont St. Pierre/Près de Radepont
Provenance : collection particulière, New York
Vendu
La commune de Pont-Saint-Pierre en Normandie possède au moins quatre édifices appelés « le château » au fil du temps. Le plus grand, toujours debout aujourd’hui, reste le château de Pont-Saint-Pierre que l’on nomme également château de Logempré. Lorsque Lancelot Turpin de Crissé se rend dans cette région en 1830, il est reçu par son ami Augustin du Bosc, marquis de Radepont. À cette époque, le château de Pont-Saint-Pierre, toujours occupé et en fonction, ne pouvait être qualifié de « restes ». L’auteur du dessin précise que le bâtiment représenté est près de Radepont, une petite ville située à quelques kilomètres à l’est de Pont-Saint-Pierre. Il est donc plus probable que Turpin se soit arrêté pour dessiner devant le château de Douville construit au XIIe siècle sur les bords de l’Andelle. Au XIXe siècle, l’ensemble inoccupé depuis 1492 n’est plus qu’une ruine dominant la rivière. Après avoir servi longtemps de carrière de pierre, le bâti en grande partie effondré a peu à peu été envahi par la végétation. Avec talent et minutie, Turpin retranscrit à la plume et au lavis d’encre sépia la vue qui lui est offerte. Utilisant la réserve du papier pour éclairer certaines parties de son motif, l’artiste accentue les contrastes entre ombres et lumières en fonçant ses encres.
Lancelot Théodore Turpin de Crissé fut à la fois peintre, administrateur des Beaux-Arts et collectionneur. Né à Paris dans une famille d’aristocrates et de militaires, il est sensibilisé dès son enfance à l’art par ses deux parents qui pratiquent la peinture. Après la mort de son père en 1800, le jeune artiste est soutenu financièrement par son parrain le comte de Choiseul-Gouffier qui lui permet de se rendre en Italie. À Rome entre 1806 et 1807, il loge près de la Villa Médicis et fréquente les pensionnaires de l’Académie fraîchement installée sur le Pincio. De retour en France, il accumule les charges administratives et, à la faveur de la Restauration, est nommé en 1825 inspecteur général de la Maison du Roi attaché au département des Beaux-Arts, des manufactures royales et des théâtres. Profondément monarchiste, il abandonne toutes ses fonctions officielles après la révolution de 1830 pour se consacrer pleinement à la peinture.
La vue dite du château de Pont-Saint-Pierre date précisément de cette période de changement. Cette année-là, Turpin parcourt la France, comme en témoignent de nombreux dessins datés, permettant de le localiser en différents points de la carte, en Normandie donc, mais également à l’autre bout du pays au cœur du Rouergue où il dessine sur le même principe le château de Mostuéjouls (Metropolitan Museum, New York). Cette démarche de collecte graphique des sites rencontrés participe à l’éveil de la préservation du patrimoine national, sur le modèle des Voyages pittoresques publiés par Taylor et Nodier. En 1834, Prosper Mérimée, nommé inspecteur général des Monuments historiques, s’emploie officiellement à inventorier et protéger le patrimoine bâti français menacé par l’usure du temps et crée en 1837 la commission des monuments historiques toujours active aujourd’hui.
