Eugène DEVÉRIA (1805-1865) et Achille DEVÉRIA (1800-1857)

Béranger et la fée, vers 1825
Crayon sur papier
21,2 × 16,7 cm
Annoté en bas à droite a. Deveria
Provenance : collection Pierre et Franca Belfond (éditions Belfond)

« Amis, hier, j’étais faible et morose, l’aimable fée apparaît à mes yeux. Ses doigts distraits effeuillaient une rose, elle me dit : “Tu te vois déjà vieux. Tel qu’aux déserts parfois brille un mirage, aux cœurs vieillis s’offre un doux souvenir. Pour te fêter tes amis vont s’unir ; longtemps près d’eux revis dans un autre âge.” Et puis la fée, avec de gais refrains, comme autrefois dissipa mes chagrins. » 
Pierre Jean de Béranger, « Le Tailleur et la fée », chanson chantée le 19 août 1822

On ne peut que difficilement imaginer quelle fut la célébrité de Pierre Jean de Béranger (1780-1857) en son temps. Entre 1815 et 1850, sa notoriété était plus grande que celle d’Hugo ou de Lamartine et ses vers étaient connus de tous. Né à Paris, le jeune Béranger grandit auprès de son grand-père maternel, Pierre Champy un tailleur installé rue Montorgueil. Par la suite il entre comme apprenti dans une imprimerie où il découvre les œuvres de Rousseau et sa vocation de poète. En 1795, le jeune homme commence à composer ses premiers vers. Ces poèmes ne rencontrant pas le succès, l’auteur décide de les transformer en chansons. Rapidement populaires, ses textes défendent une certaine vision du libéralisme et sont profondément antiroyalistes. Au retour de la monarchie en 1815, l’écrivain devient le porte-drapeau des oppositions et la voix du peuple qui gronde. Poursuivi à de nombreuses reprises par le pouvoir, il est incarcéré plusieurs mois en 1821. Libéré, Béranger peut à l’occasion de son anniversaire le 19 août 1822 chanter devant ses amis un nouveau texte de sa composition : Le Tailleur et la fée. 

Dans cette chanson autobiographique, publiée pour la première fois en 1822, le chansonnier évoque sa petite enfance protégée par la bienveillance d’une fée ainsi que la figure tutélaire de son grand-père. Le plus souvent illustré par les meilleurs artistes romantiques du temps, ce texte inspire aux crayons d’Henry Monnier ou Camille Roqueplan de saisissantes images lithographiées. Les frères Achille et Eugène Devéria, respectivement âgés de vingt-deux et dix-sept ans à la sortie de la chanson, vont travailler ensemble vers 1825 sur une composition illustrant le texte du Tailleur et la fée. À cette époque les deux jeunes artistes travaillent le plus souvent ensemble, même si l’aîné se présente comme dessinateur et illustrateur laissant à son cadet le rôle de peintre dans la fratrie. Un dessin au crayon portant une mention « a. Deveria » montre Béranger, élégamment vêtu, assis dans un fauteuil. Surpris par l’apparition d’une figure féminine en costume oriental au milieu d’une épaisse fumée, le chansonnier se tourne brusquement. Sur la gauche, l’espace est fermé par un épais rideau noué. Ce dessin qui prépare à une peinture exécutée par Eugène Devéria – mais aujourd’hui non localisée – est par la suite traduit en lithographie. Il est difficile de déterminer auquel des deux frères revient l’invention de la composition et il est plus juste de considérer qu’elle est le résultat d’une complice collaboration. 

Au Salon de 1827, l’exposition de La Naissance d’Henri IV par Eugène Devéria assure à l’artiste une gloire immédiate. Les nombreux commentaires de l’époque saluent cependant le talent des deux frères et l’œuvre comme le résultat de leur association. 


Nous remercions Olivia Voisin, spécialiste des deux artistes, pour son aide et pour avoir identifié le sujet de ce dessin.

Défilement vers le haut