Félix BOISSELIER, dit BOISSELIER l’aîné (1776-1811)

Allégorie de la France protégeant la Grande Dominique, vers 1810
Lavis d’encre et crayon sur papier
18 × 13,5 cm
En bas à droite, légendé et signé dans le motif Granda Dominique/Boisselier et du monogramme FB

Né en 1776, Félix Boisselier grandit à Bourbonne-les-Bains, une petite ville de Haute-Marne. À quatorze ans, il entre en apprentissage auprès d’un peintre attaché à la manufacture de papiers peints Réveillon avant de s’inscrire en 1798 à l’École des beaux-arts où il fréquente l’atelier du peintre Jean-Baptiste Regnault. Concourant pour le prix de Rome, il est vainqueur en 1805, mais faute de moyens et de place, n’obtient pas le droit de partir à Rome en pensionnat. L’année suivante, le jury lui ayant décerné de nouveau le premier prix, Boisselier peut enfin prendre la route de l’Italie. Accompagné de son jeune frère de seize ans Antoine Félix, le lauréat qui se fait désormais appeler « l’Aîné » arrive à Rome et entre à la Villa Médicis le 1er janvier 1807. Durant son pensionnat, Boisselier affirme son adhésion au style néoclassique et multiplie les dessins aux sujets allégoriques inspirés par l’Antiquité. 

L’une de ces feuilles, tracée au crayon et relevée de lavis brun, représente une figure féminine nimbée, assise sur un trône de pierre. Elle enlace avec affection les bustes de deux jeunes gens sculptés dans le marbre. À ses pieds, un chien symbole de fidélité est endormi. La composition est complétée par deux éléments de décor qui peuvent contextualiser le sujet : un volcan à l’arrière-plan et un palmier sur la droite. En différents points de la feuille, l’artiste a ajouté du texte, le plus souvent illisible hormis la mention « Granda Dominique » placée juste au-dessus de sa signature. S’il n’existe pas à proprement parler de Grande Dominique, l’île de la Dominique située au cœur des Antilles françaises était appelée par les Kalinagos, peuple autochtone, Wai’tu kubuli que l’on peut traduire par « son corps est grand ». Cette île, qui tient son nom de sa découverte par Christophe Colomb un dimanche, fut au cours des siècles l’objet de vives tensions entre la France et l’Angleterre. Espagnole jusqu’en 1625, elle passa sous souveraineté française jusqu’au traité de Paris de 1763 par lequel elle fut cédée aux Anglais. Reconquise par la marine royale française en 1778, l’île donne lieu à de fréquents affrontements entre les deux armées. De 1805 à 1814, les gazettes évoquent régulièrement ces tensions militaires et diplomatiques. L’un de ces articles, arrivé jusqu’à Rome, aura sûrement inspiré son sujet à l’artiste qui avec cette allégorie veut montrer la fidélité et l’affection de la France à ses lointains enfants. Après 1814, la Dominique redevient anglaise jusqu’à son indépendance en 1978. 

Félix Boisselier ne terminera pas son pensionnat. D’humeur mélancolique, il se suicide en se jetant dans le Tibre début janvier 1811. À Rome, ses camarades et amis firent élever une stèle en sa mémoire dans la nef de l’église Santa Maria del Popolo. Antoine Félix Boisselier, frère cadet du défunt, poursuivit une brillante carrière de peintre paysagiste.

Défilement vers le haut