Pierre-Jérôme LORDON (1779-1838)
Agar dans le désert, 1814
Huile sur toile
41 × 33 cm
Signé en bas à droite P. J Lordon
Marque au dos Belot, / 3, rue de l’Arbre-Sec
Étiquette de la vente de la collection Battut, n° 140
Dans un paysage aride surmonté de hautes falaises, une jeune femme coiffée d’un turban tend une coupe vers la bouche d’un enfant évanoui. Sarah, l’épouse d’Abraham, n’a pas donné de descendance à son époux et décide de lui offrir sa jeune servante égyptienne, Agar, comme concubine. De cette union naît Ismaël. Lorsque plus tard Sarah finit par mettre au monde elle-même un fils, Isaac, elle chasse Agar et Ismaël dans le désert de Beer-Sheva. Munis d’un bout de pain et d’un peu d’eau, mère et fils sont condamnés à l’errance. Rapidement à court de vivres, Agar dépose Ismaël à l’ombre d’un arbuste puis s’éloigne pour ne pas assister, impuissante, à sa mort. L’intervention divine permet à Agar de trouver un puits et de sauver son fils. Le peintre Pierre-Jérôme Lordon choisit cet instant précis de l’épisode biblique comme sujet du tableau qu’il expose au Salon de 1814 et dont notre œuvre constitue une seconde version.
Né en 1779, Pierre-Jérôme Lordon est le fils d’un négociant installé en Guadeloupe. Adolescent, il est envoyé à Paris par son père et intègre l’École centrale des travaux publics, future École polytechnique. Son professeur de dessin, le peintre François-Marie Neveu, décèle très tôt ses talents artistiques et l’incite à poursuivre dans cette voie. Muni d’un diplôme d’ingénieur géographe, Lordon s’engage dans l’armée mais démissionne rapidement pour se consacrer à la peinture. Il rejoint alors l’atelier de Pierre-Paul Prud’hon dont il devient l’élève et l’ami fidèle, puis débute au Salon en 1806. Deux ans plus tard, il reçoit une médaille d’or pour son interprétation de La Communion d’Atala inspirée du roman de Chateaubriand.
Lorsque le peintre expose sa première version d’Agar dans le désert au Salon de 1814, le livret signale qu’elle est déjà la propriété de Kirkman Finlay (1773-1842), riche industriel, député au Parlement britannique. Charles-Paul Landon, célèbre critique d’art de son époque, avait choisi de commenter l’œuvre de Lordon dans ses Annales du Musée et de l’école des beaux-arts de 1814. Comme toujours, Landon accompagne le texte d’une reproduction de l’œuvre et charge Charles Normand d’en réaliser la gravure au trait. La peinture exposée au Louvre ayant vraisemblablement déjà quitté la France pour la Grande-Bretagne, le graveur aurait utilisé une autre version pour réaliser l’illustration. Pour cette deuxième œuvre de taille plus réduite, Lordon fait le choix d’un format vertical et non horizontal. Divisée en deux registres, sa composition donne une place plus large aux falaises et accentue l’impression d’isolement des personnages. La première version est réapparue lors d’une vente chez Christie’s à Londres le 1er mars 1991. Probablement du fait d’une erreur de lecture de la signature, l’œuvre est présentée à cette occasion comme attribuée à Charles-Paul Landon et non à Pierre-Jérôme Lordon.

