Victor Eugène Prosper LEROUX (1807-1863)

Le Suicide, avant 1849
Pierre noire, craie blanche et gouache sur papier
À vue : 22,5 × 33,5 cm
Signé des initiales en bas à droite LR
Œuvres en rapport : Alexandre Gabriel Decamps, Le Suicide, 1836, huile sur toile, Baltimore, The Walters Art Museum et Eugène Le Roux [sic], lithographie pour Les Artistes Contemporains, troisième année, Paris, Furne et Cie, Goupil, Vibert et Cie, 1849, no 59
Vendu
L’écrivain et critique littéraire Maxime Du Camp, dans son livre Mémoires d’un suicidé paru en 1853, décrit longuement une lithographie d’Eugène Leroux d’après un tableau de Gabriel Decamps : Le Suicide. Les deux œuvres – la peinture d’origine peinte en 1836 et son interprétation lithographiée en 1849 – représentent un homme allongé sur un lit de fortune dans une mansarde exiguë. Sur un tabouret, une chandelle s’est éteinte et au sol, un chausson avoisine un pistolet. Fixés au mur ou posés sur des étagères, des livres, un crâne et une palette de peintre précisent le métier du jeune artiste trépassé. La toile de Decamps, aujourd’hui conservée au Walters Art Museum de Baltimore, est plongée dans une pénombre ocrée que le vernis a rendue difficilement lisible. La gravure de Leroux, limitée par nature au noir et au blanc, détaille la composition avec plus de clarté. Avant de travailler sur la pierre, le lithographe a dû d’abord copier l’original sur papier. Dans ce dessin tracé avec beaucoup de finesse au fusain relevé de craie blanche et rouge, l’auteur se permet quelques variations avec son modèle. L’agencement des objets à l’arrière-plan y est plus détaillé et des taches rouges et noires s’écoulent depuis la tête du malheureux pour s’étendre sur le plancher. Ce dernier élément, presque invisible dans la lithographie, vient appuyer le caractère terrible de la scène.
Lorsque Decamps crée sa composition en 1836, la communauté artistique parisienne est endeuillée par plusieurs suicides. Celui du peintre Robert Lefebvre en 1830, âgé de soixante-quinze ans, mais surtout ceux du baron Gros et de Léopold Robert en 1835. Gros, l’un des artistes les plus célèbres de son temps, s’était jeté dans la Seine suite probablement à l’échec retentissant de sa toile au Salon ; Léopold Robert, peintre et graveur d’origine suisse, n’avait lui que quarante ans lorsque, plongé dans une profonde dépression, il s’était tranché la gorge dans son atelier vénitien. De nombreuses personnes ont voulu voir dans l’œuvre de Decamps une évocation de la mort de Robert, même si la présence du pistolet éloigne la possibilité de cette intention. Le suicide est un thème récurrent pour les artistes et écrivains de la période romantique, des Souffrances du jeune Werther de Goethe à la pièce Chatterton d’Alfred de Vigny jouée pour la première fois en 1835.
Natif de Caen, Eugène Leroux n’est à Paris que depuis deux ans lorsqu’il apprend par les gazettes ou le bruit des rues les décès de Gros et de Robert. À cette époque et bien que déjà doué pour le dessin, il survit en travaillant pour des imprimeurs à qui il fournit des motifs d’encarts publicitaires, de cartes-adresse et de partitions musicales. En 1843, aux côtés de Célestin Nanteuil, Adolphe Mouilleron, Henri Baron et Louis Français, Leroux fonde un périodique illustré, Les Artistes contemporains puis commence deux ans plus tard à exposer ses lithographies au Salon. Leroux se fait principalement connaître pour la qualité de ses gravures réalisées d’après les œuvres de ses contemporains Eugène Delacroix, Constant Troyon et Charles Jacques, mais devient surtout l’interprète fidèle des peintures de Gabriel Decamps. Plusieurs fois médaillé au Salon en 1851, 1852 et 1855, l’artiste contribue à de nombreuses publications jusqu’à sa mort à Paris en 1863.
