Sébastien Charles GIRAUD (1819-1892)

Paul et Virginie passant le torrent, vers 1845-1850
Aquarelle, encre et gouache sur papier
25 × 21 cm
Signé et dédicacé en bas à droite ch giraud/a [non déchiffré]
Vendu
« Paul alors prit Virginie sur son dos, et passa ainsi chargé sur les roches glissantes de la rivière malgré le tumulte de ses eaux. “N’aie pas peur lui disait-il ; je me sens bien fort avec toi.” »
Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie [1788]
Paul et Virginie est un roman de Jacques Henri Bernardin de Saint-Pierre publié en 1788 dans le quatrième tome de ses Études de la nature, puis en un volume isolé en 1789. L’œuvre qui connut un immense succès bien au-delà de la France raconte l’histoire d’amour entre les deux adolescents qui grandissent sur une île lointaine, l’île Maurice. Si la première partie du roman se consacre à l’éveil des sentiments et à la vie insulaire des deux jeunes gens, la suite, plus sombre, relate leur séparation puis leur mort dans des circonstances tragiques. Le bateau qui ramène Virginie vers son aimé fait naufrage et bien que sauvée de la noyade, elle meurt peu après de maladie. Paul rendu fou par le chagrin décide alors de la rejoindre en se donnant la mort. Si l’épisode du sauvetage de Virginie fut l’un de ceux qui inspira le plus les artistes, celui du Passage du torrent, situé plus tôt dans le texte fut lui aussi souvent traduit par le dessin et la gravure. En 1838, l’éditeur Léon Curmer fait paraître une nouvelle version illustrée du roman, composée de quatre cents vignettes et trente grands sujets gravés sur bois par « les plus éminents artistes de France et d’Angleterre ». Parmi ces contributeurs, on peut citer Tony Johannot, François Louis Français, Paul Huet, Ernest Meissonier, Charles Marville et Eugène Isabey.
Le peintre Sébastien Charles Giraud possède un exemplaire de cette version illustrée de 1838 comme en atteste le catalogue de la vente de sa bibliothèque en 1855. Issu d’une famille d’artistes, Charles Giraud s’initie à la peinture auprès de son frère aîné Eugène avant d’entrer à l’École des beaux-arts de Paris en 1835 et de faire ses débuts au Salon de 1839. Attiré par les voyages, il embarque à vingt ans comme peintre officiel et découvre la Norvège puis la Laponie. Entre 1843 et 1847, il participe à une expédition montée par Louis-Philippe en Océanie et reste plusieurs années à Tahiti durant lesquelles il étudie la végétation et la culture insulaires. L’exotisme des paysages auxquels il est confronté lui inspire probablement cette aquarelle représentant Paul et Virginie traversant un torrent. Au centre, la jeune fille vêtue d’une élégante robe blanche et d’un chapeau à ruban bleu est portée par son compagnon en pantalon de toile rayée. La justesse botanique des plantes qui composent le décor conserve le souvenir des nombreux croquis faits par l’artiste durant son voyage. L’œuvre porte sous la signature une dédicace malheureusement difficilement lisible.
De retour en France, Giraud, surnommé « le Tahitien », fréquente le cercle artistique de la princesse Mathilde dont il devient l’ami. Après dix années parisiennes durant lesquelles il assoit sa réputation, le peintre reprend la mer en 1856 pour une mission scientifique au Groenland et en Islande. À partir de 1864, les thèmes bretons viennent peu à peu remplacer ses premières inspirations exotiques. Giraud traverse les régimes en participant régulièrement aux salons jusqu’en 1885.
