Ignazio DEGOTTI (1758-1824)

Vendu

La Ville de Troie en flammes, vers 1799-1800
Projet de décor de l’acte IV, tableau 3 pour Hécube [tragédie lyrique inaugurée à Paris au Théâtre de l’Opéra (salle Montansier) le 5 mai 1800]
Lavis d’encre et crayon sur papier
23,7 × 35,2 cm

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« Il y avait alors à l’Opéra un homme dont le nom est resté en vénération dans la mémoire des anciens, un homme que M. Ciceri appelle encore aujourd’hui le maître et le modèle des peintres décorateurs : c’était Degotti ; cet artiste était, on peut le dire, l’oracle de la mise en scène, le Raphaël de la décoration. »
Carle Le Dhuy, « L’Opéra sous le Directoire », La Mode : revue politique religieuse et littéraire, 5 juillet 1851, p. 132

Ignazio Degotti, né à Turin le 28 février 1758, se forme à l’Académie royale de peinture et de sculpture auprès de Bernardino et Fabrizio Galliari. Après ses études, Ignazio reçoit plusieurs commandes de décors pour les palais princiers et fournit ses premiers dessins pour le Teatro Regio de Turin. Entre 1784 et 1790, sa réputation établie, il traverse la péninsule, se rendant à Rome puis à Naples où l’on sollicite sa présence comme décorateur de théâtre. En 1790, Degotti quitte l’Italie pour s’établir à Paris où il est nommé décorateur au théâtre de Monsieur inauguré le 6 janvier 1791. Ses décors pour les œuvres de Luigi Cherubini, Lodoïska en 1791 puis Eliza en 1794, connaissent un certain succès qui lui ouvre les portes de l’Opéra de Paris dont il devient peintre en chef à partir du 1er novembre 1795. À ce poste il fréquente les principaux artistes du temps, au premier rang desquels le peintre Jacques Louis David qu’il avait déjà rencontré à Rome en 1784 alors que ce dernier présentait au public son tableau Le Serment des Horaces

Au cours de l’année 1799, Degotti travaille sur les décors d’Hécube, un opéra composé par Georges Granges de Fontenelle sur un livret de Jean-Baptiste de Milcent. Cette tragédie lyrique en quatre actes est créée sur la scène de l’Opéra de la rue de Richelieu, salle Montansier, le 5 mai 1800. L’œuvre, dont le propos se déroule à la fin de la guerre de Troie, raconte la colère d’Hécube, reine troyenne, lorsque sa fille Polyxène tombe amoureuse du héros grec Achille, ennemi de la cité. Alors que ce mariage doit réconcilier les deux peuples, la mère de la mariée convainc sa fille d’assassiner son futur époux sur l’autel nuptial. La cérémonie est cependant interrompue par l’entrée surprise des Grecs dans la ville qui entraîne la mort d’Achille puis de Priam pendant les combats. La mort de son mari et l’enlèvement de sa fille poussent Hécube au suicide qui, en succombant, maudit les Grecs alors que la ville est détruite par les flammes. Le décor conçu par Degotti pour le quatrième acte est le plus spectaculaire. Un dessin très détaillé au lavis d’encre noire montre la cité en ruine avec sur la gauche le célèbre cheval du texte homérique.

La bibliothèque-musée de l’Opéra de Paris conserve dans ses collections une feuille de même composition et dimensions avec mise au carreau, mais moins détaillée. Degotti, qui avait la réputation d’être d’un caractère tranché, dut réaliser (ou faire réaliser) une copie de son dessin pour être remise aux artisans décorateurs et ne pas risquer de perdre l’original de son projet. Celle-ci fut validée au revers par le directeur de l’Opéra Joseph Bonet de Treyches. Malgré des relations houleuses avec les équipes et plusieurs interruptions dans ses fonctions, Ignazio Degotti domine les ateliers de l’Opéra de 1795 jusqu’à 1822. À ce titre, son influence est prépondérante et participe au rôle grandissant du décor dans l’art lyrique en France.

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