Henri LEHMANN (1814-1882)

Portrait d’Hippolyt Soběslav Pinkas (1827-1901), 1849
Mine graphite et rehauts de craie blanche sur papier
30 × 22,5 cm
Dédicacé, signé, daté et localisé à Me. Math. Arnemann/Henri Lehmann. 1849/6. Juillet Karlsbad.
Au revers, annotation en bas Hippolyt Soběslav Pinkas
Provenance : collection particulière, New York
Henri Lehmann débute sa formation artistique auprès de son père Leo Lehmann, à Hambourg, avant d’entrer dans l’atelier d’Ingres en 1831 à Paris. En raison de sa nationalité étrangère, il ne peut concourir au prix de Rome et part à ses frais rejoindre son maître alors directeur de la Villa Médicis. De retour à Paris en 1842, il entame une carrière officielle. Peintre d’histoire, décorateur religieux et profane, il devient également un portraitiste recherché. Comme ses anciens compagnons d’atelier Théodore Chassériau et Hippolyte Flandrin, Lehmann assimile avec talent les leçons d’Ingres pour réaliser un portrait qui sublime le modèle sans travestir la réalité. Ses toiles représentant le célèbre pianiste Franz Liszt et sa maîtresse, la femme de lettres Marie d’Agoult, assurent sa gloire dans ce domaine. Excellent dessinateur, Lehmann fait également de nombreux portraits de ses contemporains au crayon, d’un trait clair et aiguisé.
L’un de ces dessins, daté du 6 juillet 1849 et localisé à Carlsbad (Karlovy Vary), montre un jeune homme élégant, cadré à mi-cuisse. Son visage au teint clair s’orne d’une fine moustache et d’un bouc qui ne parviennent pas à masquer sa vingtaine d’années. La main glissée entre deux boutons de sa veste ajustée, il tient la pose avec sérieux face à l’artiste qui le regarde. Tracée au crayon noir, la figure se détache devant un halo de craie blanche. L’œuvre porte une dédicace à Madame Mathilde Arnemann, une importante philanthrope et mécène allemande, épouse d’un riche industriel originaire de Hambourg. Au revers, une annotation postérieure nous précise que le modèle est le peintre tchèque Hippolyt Soběslav Pinkas. La comparaison avec un autoportrait de ce dernier, peint cinq ans plus tard, confirme cette identification. Né en 1827 à Prague, Pinkas décide, après avoir fait des études de droit, de devenir artiste et entre en 1849 à l’académie des beaux-arts où il se forme auprès de František Čermák, Josef Mánes et Christian Ruben. La localisation du portrait dessiné par Lehmann indique que les deux artistes se rencontrent au début de l’été 1849 dans la ville thermale tchèque de Carlsbad, près de la frontière allemande. La dédicace suggère que Mathilde Arnemann, dont les séjours sont réguliers dans cette ville, est à l’origine de la rencontre du peintre et de son modèle. Les biographies respectives des trois personnages confirment ces relations croisées ainsi que l’existence d’un portrait de Lehmann par Pinkas (non localisé) et au moins d’une huile représentant Mathilde Arnemann peinte par le jeune artiste tchèque en 1852.
Pinkas poursuit ses études artistiques à Munich jusqu’en 1853 puis obtient une bourse qui lui permet de se rendre à Paris dans l’atelier de Thomas Couture. En France, il expose ses œuvres au Salon et montre une certaine sensibilité au mouvement réaliste de Courbet et de Millet. De retour en Bohème après 1865, il accepte un poste de professeur de dessin et maintient des contacts réguliers avec ses amis parisiens en travaillant pour l’Alliance française.
