Henri Joseph de FORESTIER (1787-1872)

Mentor sépare Télémaque d’Eucharis, vers 1817
Encre, gouache et crayon sur papier
14,1 × 18,7 cm
Annoté au revers du montage Forestier./Page tirée de/l’album du Gal de Brack/ami de l’artiste
Vendu
Les Aventures de Télémaque est un roman de Fénelon écrit vers 1694 et publié en 1699 contre le souhait de son auteur. Présenté comme un roman épique, le texte devait servir de manuel moral à l’usage du jeune duc de Bourgogne, le petit-fils de Louis XIV. L’histoire s’inspire ouvertement de l’Odyssée d’Homère et de l’Énéide de Virgile, mais concentre le récit autour de la figure de Télémaque, le fils d’Ulysse parti à la recherche de son père disparu. Perçu comme une satire politique, le livre provoqua la disgrâce de Fénelon à la cour tout en lui offrant immédiatement célébrité et popularité. Durant le XVIIIe siècle, l’épopée de Télémaque va influencer les auteurs des Lumières et inspirer quelques artistes tels que Charles Natoire et Angelica Kauffmann. C’est cependant au début du siècle suivant que les peintres et les illustrateurs vont se saisir en nombre du sujet : Charles Meynier dans une grande toile exposée au Salon de 1800 puis Anne Louis Girodet quelques années plus tard pour un projet de lithographie.
Henri Joseph de Forestier puise à son tour dans le livre de Fénelon en 1817 pour un dessin lorsqu’il est pensionnaire de la Villa Médicis. Né à Saint-Domingue dans une famille de planteurs, il était arrivé en France vers 1803 et s’était inscrit l’année suivante à l’École des beaux-arts dans les ateliers de François André Vincent et de Jacques Louis David. Après avoir reçu un second prix en 1812 sur le sujet d’« Ulysse et Télémaque massacrant les prétendants de Pénélope », il est lauréat l’année suivante avec sa proposition sur le thème de la mort de Jacob. Arrivé à Rome en 1814, il poursuit son apprentissage sous la direction de Charles Thévenin. Pour son dessin de 1817, Forestier choisit d’illustrer le moment où Télémaque, venu s’échouer sur l’île de Calypso, doit se résigner à quitter les lieux pour repartir à la recherche de son père. Ce départ, rendu douloureux par l’amour du jeune homme pour la nymphe Eucharis, est pressé par la déesse Athéna sous les traits du sage Mentor. Télémaque, représenté nu au centre de la page, est tiré d’un côté par son précepteur et de l’autre par son aimée. L’œuvre très aboutie montre l’influence de Théodore Géricault et de Jean Victor Schnetz, que Forestier fréquente à Rome en 1817. Tous affectionnent alors la technique consistant à tracer leurs compositions à la pierre noire et à l’encre sur des feuilles préparées en brun avant de les relever de larges aplats de gouache blanche. Le musée Bonnat à Bayonne et le musée du Louvre conservent des feuilles par Forestier à la technique similaire.
Selon une mention au revers du dessin, l’auteur de retour en France aurait offert cette œuvre au général Antoine Fortuné de Brack qui est qualifié d’« ami de l’artiste ». Tout au long de sa carrière, Henri de Forestier ne participe que cinq fois au Salon en y exposant seulement huit toiles entre 1819 et 1855. L’État qui se porte régulièrement acquéreur de ses œuvres le décore de la Légion d’honneur en 1832. Artiste rare, Forestier s’implique dans les événements de la Révolution de 1848 puis disparaît lentement de la scène artistique. Il décède à Paris en décembre 1872, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans.
