François Louis HARDY DE JUINNE, dit François Louis DEJUINNE (1784-1844)

Portrait de Lazare Hippolyte Carnot (1801-1888), vers 1839
Fusain, estompe, rehaut de gouache blanche et de sanguine sur papier
47,5 × 36 cm
Signé en bas à gauche Dejuinne
Vendu
« À l’abolition de l’esclavage, à la cessation de cet affreux scandale de l’humanité ! »
Hippolyte Carnot, extrait du toast au banquet du XIe arrondissement de Paris, le 19 mars 1838
Lazare Hippolyte Carnot, qui prononce ces mots le 19 mars 1838, est le fils de Lazare Carnot, dont il a hérité l’attachement à la République et aux acquis de 1789. Après avoir passé son enfance en exil avec son père, Hippolyte Carnot, de retour en France en 1823, se rapproche de l’abbé Grégoire dont il partage les idéaux. Avec ce dernier il s’engage dans la lutte contre l’esclavage et publie en 1824 une libre interprétation d’un roman de Carl Franz van der Velde écrit au XVIIIe siècle sous le titre, Gunima. Nouvelle Africaine du dix-huitième siècle. L’œuvre, sous couvert de conte philosophique, dénonce l’injustice du régime esclavagiste et la servitude des peuples. Durant les Trois Glorieuses, Carnot prend les armes aux côtés des insurgés et prône un retour à la République. Membre fondateur en 1834 de La Société française pour l’abolition de l’esclavage, il va militer des années durant pour défendre les droits des hommes à l’égalité dans les colonies françaises, Martinique, Guadeloupe, Réunion, Guyane française, Sénégal et Madagascar.
Élu député du sixième arrondissement de Paris en 1839, Hippolyte Carnot se fait portraiturer à cette période par le peintre François Louis Dejuinne. Cet artiste, ancien élève et ami d’Anne Louis Girodet-Trioson, s’est forgé une solide réputation de portraitiste sous la monarchie de Juillet. Sur une feuille de grand format, il trace avec acuité la silhouette de son modèle à mi-corps. Carnot, le torse bombé se tient face à nous, une main glissée dans son manteau. Du col blanc de sa chemise, fermé par un foulard noir, émerge son visage à l’air sévère. Le front haut et des favoris glissant le long des joues, il nous regarde la bouche serrée. Si la ressemblance et la qualité du dessin sont indéniables et tiennent au talent de l’artiste, l’originalité qui l’éloigne des innombrables portraits de notables réside dans ce que l’on peut voir à l’arrière-plan. Dejuinne, éventuellement à la demande de son modèle, intègre derrière lui trois figures à la peau sombre. Sur la gauche, une femme à la tête couverte d’un madras regarde vers le ciel et joint les mains en signe de prière. À droite, un homme torse nu tourne la tête vers l’extérieur de la feuille tout en désignant Carnot dans un mouvement énergique. Plus loin, derrière lui un visage grimaçant complète la composition. Hippolyte Carnot choisit donc ici de se faire représenter non simplement pour lui-même ou comme député, mais comme un défenseur militant de l’abolitionnisme.
François Louis Dejuinne qui a réalisé ce portrait ne verra pas l’aboutissement du combat de son modèle. Il faudra attendre la révolution de 1848 et la chute de Louis-Philippe, pour que le gouvernement provisoire de la Deuxième République signe le 27 avril 1848 le décret abolissant définitivement tout châtiment corporel et toute vente de personnes non libres. Après quatorze ans d’un combat acharné, La Société française pour l’abolition de l’esclavage est dissoute.
