Émile François DAVID (1824-1891)

L’Allée des tombeaux à Pompéi, 1864
Aquarelle et crayon sur papier
24,2 × 38,5 cm
Au revers, daté et annoté 1er novembre 1864/par M David

« Cette rue des tombeaux est un magnifique péristyle pour entrer dans une ville morte ;
puis tous ces monuments funèbres placés aux deux côtés de la route consulaire au bout de laquelle s’ouvre béante la porte de Pompeïa, ne dépassant pas la couche de sable qui les recouvrait, se sont conservés intacts comme au jour où ils sont sortis des mains de l’artiste
 »
Alexandre Dumas, Le Corricolo [1842-1843]

Émile François David, né à Lausanne en 1824, suivit les cours de Barthélemy Menn à l’école des beaux-arts de Genève entre 1842 et 1844. Installé à Paris l’année suivante, il fréquente l’atelier de Charles Gleyre durant trois ans. Ses études terminées, le jeune artiste suisse part en Italie au début de l’année 1848 en compagnie d’Étienne Duval et Henri Euler. À Capri, il est reçu chez Henri Harpignies et fait la connaissance de Ferdinand Heilbuth. Séduit par la beauté toute classique du sud de l’Italie, il revient presque annuellement dans la région napolitaine, avant de partager sa vie entre sa Suisse natale et son nouveau pays d’adoption à partir de 1858. 

En 1864, après un séjour dans le Languedoc près de Montpellier, David retourne dans la région de Naples. Une aquarelle, portant au revers une annotation « David » ainsi que la date du « 1er novembre 1864 », signale sa présence à Pompéi. La cité ensevelie par le Vésuve en 79 de notre ère est alors une zone de fouille active depuis le XVIIIe siècle. Sous la direction de l’archéologue napolitain, Giuseppe Fiorelli, depuis 1863, le travail d’excavation bat son plein et permet quotidiennement la découverte de nouvelles fresques ou mosaïques cachées. Émile François David visite le site, emprunte l’allée des tombeaux qui traverse la nécropole antique. Longue de deux cent cinquante mètres, cette voie située à l’extérieur de la cité sur le faubourg d’Augusto-Félix est prolongée par la route d’Herculanum. En cours de déblaiement depuis 1763, elle est bordée de monuments funéraires souvent parfaitement conservés. L’artiste s’est installé sur l’un des côtés de la voie pavée, face au tombeau de Munatius Faustus. Habillé de plaques de marbre sculptées, le monument fut construit par Naevoleia Tyche, veuve du défunt. Sur son dessin, David restitue la richesse des décors dans des teintes ocrées mêlées de bleu. Au centre, adossée au mur, la silhouette d’une femme, pleurant, replace la scène dans un contexte antique sans masquer les outrages du temps. 

Émile François David s’éloigne de l’Italie en 1870 pour visiter la Grèce, en passant par Athènes et Corinthe, puis rejoindre Constantinople par le détroit du Bosphore. L’artiste ne participe pas aux salons ni à aucune exposition publique, jusqu’à la rétrospective organisée en son honneur à Paris en 1878. Après sa mort en 1891, la ville de Lausanne lui consacre une exposition posthume en juillet 1892 qui fait découvrir son talent à nombre de ses contemporains. En 1903, l’épouse du peintre fit don d’une grande partie de ses œuvres au musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne.

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