Édouard Léon Louis WARSCHAWSKY, dit EDY-LEGRAND (1892-1970)

Faust et Méphistophélès au Sabbat, vers 1940
Crayon noir lavé et gouache blanche sur papier gris
32,4 × 24,7 cm
Numéroté en bas à droite 167
Publication : Johann-Wolfgang Goethe, Faust, Première partie. Texte français de Gérard de Nerval, Montpellier, Union latine d’éditions, 1942 [n. p., entre p. 172 et p. 173]
Vendu
Edy-Legrand naît à Bordeaux en 1892 sous le nom d’Édouard Léon Louis Warschawsky. Son père, un juif d’origine russe, et sa mère bordelaise le soutiennent dans ses ambitions artistiques. Après des études secondaires dans un établissement genevois, Édouard est admis à l’École des beaux-arts de Paris et choisit de prendre le pseudonyme d’Edy-Legrand. Sa formation terminée, il commence à travailler comme illustrateur pour des éditeurs parisiens et connaît son premier succès en 1919 avec un livre pour enfants, Macao et Cosmage ou l’Expérience du bonheur. Au début de la décennie suivante, l’artiste entame une longue collaboration avec la maison d’édition Tolmer, tout en participant au Salon d’Automne et à celui des Indépendants. Son style synthétique et coloré, parfaitement adapté aux arts décoratifs, le fait remarquer de grands armateurs qui lui passent commande de panneaux pour les luxueux paquebots Île-de-France et Normandie. Dès 1928, la galeriste américaine Marie Steiner, séduite par son travail, expose ses œuvres à New York. À l’invitation de son ami Jacques Majorelle, Edy-Legrand se rend au Maroc en 1933, prélude d’une découverte plus générale des pays du Maghreb où l’artiste s’installe et qui devient dès lors une source inépuisable d’inspiration. De l’autre côté de la Méditerranée, sa palette évolue vers plus de vivacité et ses sujets gagnent en légèreté.
Inlassable illustrateur, Edy-Legrand contribue avec ses œuvres graphiques à plus de cent cinquante ouvrages. Dans son catalogue, les auteurs modernes côtoient les plus grands noms de la littérature mondiale. Sur le papier, l’artiste interprète les textes de George Sand, Alphonse Daudet, Guy de Maupassant, Anatole France et Henri de Montherlant, mais également les monuments que sont La Divine Comédie de Dante publiée en 1938 et le Faust de Goethe en 1942. Commandée au début de la Seconde Guerre mondiale par l’Union latine, maison d’édition installée en zone libre à Montpellier, l’illustration du Faust est commencée au Maroc en 1940. Publié en deux tomes, le texte est illustré d’un frontispice et de tirages photographiques d’après soixante dessins.
Dans la deuxième partie du premier livre, Edy-Legrand s’attelle à la représentation du sabbat durant la nuit de Walpurgis, passage du 30 avril au 1er mai. Après avoir gravi la montagne du Brocken, Faust et Méphistophélès atteignent le lieu où les sorcières se sont réunies pour invoquer le diable. Tracée au crayon noir largement lavé et relevée à la gouache blanche sur une feuille de papier crème, la composition exprime toute l’ambition fantastique du texte de Goethe. Les deux personnages, placés à l’arrière-plan, découvrent au milieu des éclairs et des fumées, sur la gauche, une gorgone en lévitation, à droite un lycanthrope en cours de transformation et tout autour une multitude de figures et d’animaux pour le moins inquiétants. L’œuvre d’Edy-Legrand, dans un esprit néo-romantique, conserve le souvenir des interprétations gravées du sujet par Eugène Delacroix, Louis Boulanger et Gustave Doré au siècle précédent.
