Dominique Vivant DENON (1747-1825)

La Calomnie d’Apelle, 1789
Encre et lavis d’encre sur papier
31,3 × 46,9 cm
Annoté en bas à droite sur le passe-partout Denon
Au revers, un extrait d’une traduction italienne de la Calomnie d’Apelle et diverses annotations à la sanguine et au crayon noir, dont en haut à gauche les initiales VD et en haut à droite le numéro 974
Provenance : Description des objets d’arts qui composent le cabinet de feu M. le Baron V. Denon, Paris, vente du 1er au 19 avril 1826, Paris, H. Tilliard, 1826, no 974 : « Un dessin à la plume et au lavis, d’après la composition de Raphaël, représentant la Calomnie d’Apelles [sic]. »
Œuvre en rapport : atelier de Raphaël, La Calomnie d’Apelle, plume et lavis sur papier, 31,4 × 46,7 cm, Paris, musée du Louvre
La Calomnie est le titre d’une œuvre mythique censée avoir été peinte à la fin du IVe siècle avant notre ère par Apelle de Cos et décrite par Lucien de Samosate dans son De Calumnia cinq siècles plus tard. Selon ce dernier, le peintre Antiphilos, rival d’Apelle, accuse son confrère de fomenter un complot contre le roi d’Égypte Ptolémée IV. Innocenté in extremis, Apelle échappe à la mort et décide par vengeance de réaliser un tableau allégorique représentant la Calomnie. Il représente alors un homme pourvu des oreilles d’âne de Midas, entouré de deux femmes : l’Ignorance et la Suspicion. La Calomnie, figurée sous les traits d’une femme divinement belle, et furieuse, tend une torche allumée d’une main et tire de l’autre un jeune homme aux mains jointes vers le ciel. Le Ressentiment est un homme hideux, décharné, aux yeux perçants ; deux femmes, l’Imposture et la Perfidie accompagnent la Calomnie. Enfin, venant derrière ces personnages, la Repentance, vieille femme vêtue d’habits noirs et déchirés, se tourne vers la Vérité.
De nombreux artistes de la Renaissance à l’image de Botticelli, Mantegna et Dürer vont tenter de recréer la composition d’Apelle d’après cette description. Raphaël au début du XVIe siècle se plie également à l’exercice comme en témoigne un dessin probablement réalisé d’après un original de sa main. En 1789, cette feuille est conservée à Modène, sous l’attribution au maître, dans les collections du duc Ercole III d’Este. Dominique Vivant Denon, artiste et diplomate français de passage dans la ville, sollicite l’autorisation de voir l’œuvre et obtient du duc une heure pour pouvoir la copier. Ce dessin, rapidement esquissé puis terminé a posteriori, accentue les contrastes et dramatise la scène tout en restant fidèle à la composition d’origine. De retour en France, Denon reproduit son dessin sur le cuivre pour en tirer une gravure de grand format et estime que sa version de La Calomnie d’Apelle est l’une de ses plus grandes réussites.
Dans les catalogues des œuvres de Denon imprimés en 1793 et 1803, la planche qui connut un grand succès était proposée par son auteur au prix le plus élevé. Notre dessin, réalisé à la plume et au lavis, semble correspondre à celui réalisé à Modène qui a figuré dans la vente après décès de Vivant Denon en 1826 sous le numéro 974 (confère la mention à la pierre noire au revers). Il reprend exactement le format du dessin de Raphaël qu’il copie et celui de la gravure définitive. En 1796, lors des campagnes d’Italie, le dessin alors considéré comme un original de Raphaël est saisi par les armées françaises dans les collections du duc pour être déposé au Museum à Paris en juillet 1797. Dominique Vivant Denon, qui fut également écrivain, diplomate et historien de l’art, est resté dans les mémoires comme le premier conservateur du Museum, destiné à devenir le musée du Louvre où la feuille est toujours conservée aujourd’hui, mais sous une attribution à l’atelier de Raphaël.
