Anne Louis GIRODET-TRIOSON (1767-1824)

Étude de soldat mort pour la Révolte du Caire, vers 1809-1810
Pierre noire, sanguine et craie blanche sur papier
20 × 38,4 cm
En bas à droite, cachet non identifié (L.2008a)
Provenance : famille Becquerel, France ; Malcolm Forbes, New York ; Richard L. Feigen & Co., New York
Exposition : Methods and Media: Drawings from the Birmingham Museum of Art, Birmingham, Birmingham Museum of Art, 10 janvier au 7 avril 2002, no 5
Œuvre en rapport : Anne Louis Girodet-Trioson, Révolte du Caire [Salon de 1810, no 369], huile sur toile, Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon
Vendu
Au cours de la campagne d’Égypte menée par le général Bonaparte, les Égyptiens s’opposent vivement à la présence française. Suite à la prise du Caire le 5 thermidor an VI (23 juillet 1798) et à l’instauration progressive de plusieurs impôts d’occupation, les habitants de la ville se soulèvent le 21 octobre. Bonaparte, surpris, perd près de huit cents hommes et répond violemment à l’insurrection qu’il écrase dans le sang. Plus de cinq mille Cairotes meurent durant ces combats. Une dizaine d’années plus tard, le jeune général devenu empereur charge son directeur général des musées impériaux, Vivant Denon, témoin des événements, de choisir un peintre pour glorifier l’épisode. Son choix se porte alors sur Anne Louis Girodet auquel il confie le soin de réaliser une grande toile sur le sujet.
Ancien élève de Jacques Louis David, Girodet avait remporté le prix de Rome en 1789. Apprécié de Napoléon dont il avait peint un portrait en premier Consul dès 1802, l’artiste vient de connaître un immense succès au Salon avec son Atala au tombeau exposé en 1808. Bien que pouvant interroger plusieurs témoins de la révolte, Girodet choisit de prendre une certaine liberté pour illustrer ce combat de manière plus allégorique qu’historique. Il multiplie néanmoins les études au crayon et au pastel pour restituer les nombreuses figures de sa composition et leurs costumes militaires et orientaux. L’un de ses dessins montre un jeune soldat français mort allongé sur le sol et vu de dos. Tronquée sous les genoux, la figure porte un costume de dragon et un casque métallique orné d’une crinière noire. Tracé à la pierre noire relevée de craie blanche et d’un peu de sanguine, le modèle ne se retrouve pas à l’identique dans la composition définitive, mais peut être rapproché du soldat mort installé au centre dans la partie basse de l’œuvre. La découpe de la figure suggère que l’artiste aurait pu envisager de la placer au premier plan à gauche, là où l’on peut voir celle d’un Oriental allongé. Le grand nombre d’esquisses permet de suivre les hésitations de Girodet dans la mise en place des plusieurs dizaines de personnages qui composent l’œuvre finale.
L’immense toile de plus de trois mètres par cinq mètres est présentée au Salon de 1810. Destinée à la galerie de Diane du palais des Tuileries, l’œuvre marque le public en mêlant souffle épique et exotisme des costumes. Girodet, admirateur de Gros et de David, intègre dans sa composition plusieurs références aux toiles de ses modèles, puisant dans Les Pestiférés de Jaffa ou dans Les Sabines certains éléments de son tableau. Cette année-là, Girodet remporte le premier prix au concours décennal de 1810 pour sa Scène du Déluge exposée quatre ans plus tôt et devance son maître David dont la toile, Les Sabines, ne reçoit que le second prix. La Révolte du Caire sera transférée au château de Versailles en 1835 échappant ainsi aux flammes qui détruiront le palais des Tuileries durant la Commune.
