Alphonse VISCONTI (vers 1856-1941)

Le Cabinet de Faust, vers 1903Projet de décor de l’acte I, tableau 1 pour La Damnation de Faust [légende dramatique d’après Berlioz [1846] montée pour l’opéra de Monte-Carlo [1893] ; reprise inaugurée à Paris au théâtre Sarah-Bernhardt le 7 mai 1903]
Lavis d’encre et gouache blanche sur papier
23,5 × 26 cm
Signé en bas à gauche A Visconti
Titré en bas à droite damnation de faust 1er 1 t
Publication : Henri de Curzon « La Damnation de Faust », Le Théâtre, n108, 16 juin 1903, reproduit par la photographie p. 7

La Damnation de Faust est un oratorio pour solistes, chœur et orchestre, composé par Hector Berlioz. Inspirée librement du Faust de Goethe, publié en 1808 et traduit par Gérard de Nerval en 1828, l’œuvre, résultat de plus de quinze ans de réflexion, est jouée pour la première fois à l’Opéra-Comique de Paris le 6 décembre 1846. Très mal accueillie, la composition qui n’est interprétée qu’à deux reprises devant une salle presque vide, ruine son auteur. Berlioz décide de présenter sa Damnation l’année suivante en Russie, à Saint-Pétersbourg et Moscou puis à Berlin et enfin à Londres en 1848, mais plus jamais en France de son vivant. En 1893, alors que le compositeur est mort depuis vingt-quatre ans, Raoul Gunsbourg ressuscite l’œuvre sur la scène de l’opéra de Monte-Carlo. Abandonnant le format purement musical des directions de Berlioz, il ajoute mise en scène, costumes et décors à la partition pour en faire un opéra complet. Les décorateurs parisiens Rubé et Chaperon conçoivent les éléments qui sont envoyés pièce par pièce pour être montés par Poinsot sur la scène monégasque. Le succès est tel que l’ensemble ainsi remanié voyage dans toute l’Europe, passant par Venise, Florence, Naples ou La Haye. 

Le 7 mai 1903, l’arrangement de Raoul Gunsbourg arrive enfin en France sur la scène parisienne du théâtre Sarah-Bernhardt. Cette fois, les décors de La Damnation de Faust sont confiés au peintre Alphonse Visconti. Né à Milan en 1857, mais ayant passé une partie de son enfance en Russie, Visconti arrive à Paris en 1867. Là, il étudie la peinture auprès d’Antoine Vollon et Pierre Puvis de Chavannes avant de devenir apprenti dans l’atelier de Copelli, décorateur du Théâtre-Italien, puis de Jean Baptiste Lavastre qui travaille régulièrement pour l’Opéra de Paris. Devenu indépendant au début des années 1890, Visconti s’installe à Monaco en 1901 et prend la direction des décors de l’opéra de Monte-Carlo en 1903. C’est à ce titre qu’il se rend à Paris pour la reprise de La Damnation de Faust. Le premier tableau du premier acte doit alors représenter le cabinet de Faust. L’artiste conçoit l’atelier de l’alchimiste comme un intérieur ouvert par une grande verrière de style néo-gothique donnant sur un paysage dominé par les hautes murailles d’une ville médiévale. Son projet, réalisé à l’encre noire et à la gouache blanche sur une feuille de papier beige, s’inscrit dans un format presque carré. 

Enfin, l’œuvre de Berlioz, plus de cinquante-cinq ans après sa création, rencontre son public à Paris. Les multiples représentations sont saluées par la critique et les journaux spécialisés consacrent des articles détaillés à la composition. Celui de Henri de Curzon, publié dans Le Théâtre le 16 juin 1903, est illustré par une reproduction photographique du dessin de Visconti pour le cabinet de Faust en septième page du journal. De retour à Monaco, Visconti poursuit sa carrière et collabore aux ballets russes à l’occasion desquels il rencontre Pablo Picasso et Georges Braque.

Défilement vers le haut