Albert ROBIDA (1848-1926)

Le Géant Gargantua, vers 1885
Encre sur papier
10,8 × 17,8 cm
Signé en bas à droite A Robida
Publication : gravé en page de titre des Œuvres de Rabelais. Illustrations de A. Robida, Paris, La Librairie illustrée, volume 1, 1885
Fils d’un menuisier, Albert Robida est né à Compiègne en 1848. Étudiant en droit peu docile, il passe son temps à dessiner et envoie ses premiers croquis au Journal amusant en 1866. Artiste fécond, il se fait rapidement connaître en collaborant à de nombreux journaux illustrés, mais également en fournissant ses dessins pour des guides touristiques, des ouvrages de vulgarisation historique ou scientifique et en illustrant les grands classiques de la littérature internationale. Les œuvres de Villon, Cervantès, Shakespeare, et Honoré de Balzac ornées de ses images ont fait la joie de plusieurs générations de lecteurs. En 1885, un éditeur, La Librairie illustrée, confie à Robida la tâche titanesque d’illustrer les œuvres de Rabelais. Quelques années plus tôt, Gustave Doré s’y était lui-même confronté. Robida va travailler durant deux années sur l’ouvrage et produire près de six cent cinquante dessins, dont quarante-neuf planches hors-texte parmi lesquelles huit en couleur. L’ensemble est publié en deux volumes reliés par Engel avec en couverture un dessin représentant le géant Gargantua en pied, épée à la main.
Personnage emblématique de l’œuvre de Rabelais, Gargantua serait né après onze mois de grossesse en sortant par l’oreille de sa mère. Fils de Grandgousier et de Gargamelle, l’enfant est si grand que pour l’allaiter, il faut, selon l’auteur, traire 17 913 vaches. L’éducation du « bambin » qui passe son temps à boire et à manger s’avère difficile. Après avoir usé ses précepteurs, Gargantua devenu adolescent reçoit en cadeau une immense jument. Sur le dos de la bête malheureuse, le jeune destrier décide de découvrir Paris. Suscitant d’abord la curiosité, puis l’effroi des habitants, le géant se réfugie sur les tours de la cathédrale Notre-Dame et urine sur les Parisiens. Robida choisit pour son motif de page de titre du premier volume le moment où Gargantua soulagé s’assoit entre les deux tours pour admirer la ville. Le dessin préparatoire à cette gravure, tracé à l’encre noire, s’inscrit dans un ovale. Le héros, en costume de la Renaissance, est assis sur le monument les jambes croisées. Sur la droite, la tête de la jument domine les toits de la cité. L’artiste retranscrit avec minutie les détails d’architecture et traite le ciel en fines hachures qui se desserrent en montant. Un large chapeau couvert de plumes d’autruche ajoute à la superbe du personnage et complète la composition.
Albert Robida reste aujourd’hui dans les mémoires comme l’un des précurseurs du genre fantastique d’anticipation. Alter ego graphique de Jules Verne, il a imaginé, crayon à la main, des machines qui seront réellement inventées des décennies plus tard. Ses dessins montrent des équivalents de la télévision, du vidéoprojecteur, de l’écran géant, de l’enseignement à distance, ainsi que des voitures ou des taxis volants. Sa trilogie Le Vingtième siècle,série de romans dont il est l’auteur et l’illustrateur,publiée entre 1883 et 1892, surprend encore aujourd’hui par la justesse de ses prédictions.
