Julia Beatrice HOW (1867-1932)

Bébé surpris, vers 1910
Pastel sur papier
48 × 43 cm
Signé en bas sur la gauche B HOW

Beatrice How naît en 1867 à Bideford, petite ville côtière du sud-ouest de l’Angleterre. Orpheline de ses deux parents avant d’avoir atteint sa majorité, elle termine ses études générales à Londres. En 1893, elle vient vivre en France et s’inscrit à l’académie Delécluse. Cette institution créée par Auguste Delécluse accepte les femmes depuis 1873 à condition qu’elles soient célibataires et âgées de moins de vingt-sept ans. Beatrice How rencontre Auguste Rodin, Albert Besnard et le peintre Lucien Simon, dont les œuvres influencent durablement son travail. Au début du nouveau siècle, installée dans le quartier de Montparnasse, rue Notre-Dame-des-champs, elle adhère à la Société nationale des beaux-arts avant d’exposer au Salon en 1902. Les premières œuvres qu’elle présente sont des vues d’intérieurs ou des scènes de genre, principalement à l’huile. En 1908, elle commence à exposer les portraits de nourrissons qui feront sa célébrité sous le simple titre de « Bébé ». Sa notoriété grandissante incite l’État français à lui acheter quatre œuvres, deux pastels et deux peintures entre 1910 et 1914. En octobre 1913, Albert Flament signe un long article richement illustré publié dans la revue Art et décoration qui permet au plus grand nombre de découvrir son travail.

La technique du pastel, que maîtrise parfaitement Beatrice How, lui permet de réaliser de délicats portraits d’enfants facilement comparables à ceux de Mary Cassatt, son aînée américaine. Si ces bébés sont le plus souvent endormis, l’un d’eux, tétine à la bouche, nous regarde les yeux grands ouverts, comme surpris par notre présence. Cette œuvre, qui laisse une large place à la couleur beige du support visible, montre l’enfant habillé d’un petit haut bleu et blanc. Coiffée d’un bonnet à rubans roses d’où s’échappent quelques mèches de cheveux roux, la tête du nourrisson s’enfonce dans un amas de coussins et de draps évoqué par de rapides traits de craie blanche. Le bleu clair de ses grands yeux répond à la couleur plus vive de ses manches et contraste avec la teinte ocrée de l’ensemble. 

Tout au long de sa carrière, l’artiste expose cent quarante-sept œuvres au Salon, dont au moins vingt-six comprennent les mots « bébé » ou « enfant » dans leur titre. Très tôt, après avoir découvert la Côte d’Opale lors de l’été 1904, Beatrice How achète un cottage au Trépied près d’Étaples. Là, chaque année pour les beaux jours, retrouvant toute une colonie d’artistes, elle s’installe pour travailler. En 1932, alors qu’elle rend visite à l’une de ses nièces, elle fait une chute qui lui est fatale. Renommée de son vivant pour ses portraits de bébé, Beatrice ne s’est jamais mariée et n’eut pas d’enfant. Ses œuvres sont aujourd’hui conservées dans les collections d’institutions prestigieuses, telles celles du musée d’Orsay à Paris ou du Victoria and Albert Museum à Londres.