Émile BIN (1825-1897)
La Naissance d’Ève, vers 1868
Huile sur toile
50 x 61 cm
Émile Bin grandit au sein d’une famille d’artistes et apprend les bases du métier auprès de son père, Jean-Baptiste François Bin et de son oncle maternel, Nicolas Gosse, tous deux peintres reconnus. À l’âge de dix-sept ans, il entre à l’École des Beaux-Arts de Paris et rejoint l’atelier de Léon Cogniet qui le prépare au concours du Prix de Rome. Classé troisième en 1850, il abandonne la compétition l’année suivante pour se consacrer à sa carrière. Bin débute très tôt au Salon en exposant majoritairement des portraits de commande et quelques scènes religieuses mais ne rencontre véritablement le succès qu’avec son Orphée mis à mort par les Bacchantes présenté en 1863. Le peintre privilégie dès lors les sujets mythologiques comme pour son Atalante et Hippomène en 1864 ou son Persée et Andromède l’année suivante.
En 1866, Émile Bin visite Rome et découvre les œuvres de Michel-Ange dans la chapelle Sixtine qui exerce une influence immédiate sur son travail. À son retour, le peintre travaille sur une toile de très grand format devant illustrer La Naissance d’Ève et qu’il souhaite présenter au Salon de 1868. S’il revient à un sujet d’inspiration religieuse, tiré de la Genèse, Bin insuffle à la composition une dimension monumentale directement influencée par son voyage en Italie. Comme dans La Création d’Adam, la figure du Dieu créateur reprend les codes traditionnellement réservés à la représentation de Jupiter : un corps athlétique, une épaisse barbe blanche et un ample drapé en guise de vêtement. Assis sur un nuage, le Père donne naissance à la première femme en tendant sa main au-dessus d’Adam plongé dans un sommeil profond. Le jardin d’Éden est évoqué par un pré couvert de fleurs et fermé sur la droite par des arbres aux troncs tortueux. Avant de commencer à travailler sur le format définitif, le peintre réalise un grand nombre d’études et au moins une grande esquisse préparatoire à son tableau. Sur celle-ci, la composition déjà très avancée montre encore quelques différences avec l’œuvre finale : d’une part, le bras et la main de Dieu, qui seront tendus vers Ève, disparaissent masqués par le drapé ; d’autre part, l’arbre qui dominera le groupe est pour l’instant réduit, resserré vers la droite et porte les fruits de la connaissance. Bin, qui a dû voir Le Paradis perdu peint l’année précédente par Alexandre Cabanel, semble s’inspirer largement de cette toile destinée au roi Louis II de Bavière pour réaliser son propre tableau. Pendant le Salon, La Naissance d’Ève est acquise par l’État puis envoyée au Puy-en-Velay où elle est aujourd’hui roulée dans les réserves du musée Crozatier.
Profitant à partir de la fin des années 1860 d’une certaine reconnaissance officielle, Émile Bin reçoit de nombreuses commandes de décors pour des lieux publics ou privés, tant en France qu’à l’étranger. Peintre académique reconnu en son temps puis rapidement tombé dans l’oubli, Bin fait partie de ces artistes que l’on a longtemps qualifiés péjorativement de « pompiers » mais qui connaissent aujourd’hui une juste réhabilitation.

