Isidore PILS (1815-1875)
Victoire ailée, vers 1870
Pierre noire et craie blanche sur papier
28 x 43 cm
Cachet en bas à droite I.Pils (L.2030)
Après un séjour de six années en Italie, le peintre Isidore Pils participe régulièrement au Salon. Le succès dû à son talent lui permet de recevoir de nombreuses commandes officielles. À la fin des années 1860, l’architecte Charles Garnier fait appel à d’anciens lauréats du Prix de Rome pour décorer le nouvel opéra en cours de construction. Pils rejoint alors sur cet immense chantier les peintres Paul Baudry, Jules-Élie Delaunay, Jules Lenepveu et Félix Barrias. Une commission lui attribue le plafond du grand escalier. Cette espace, composé de quatre immenses voussures, doit être garni par le peintre de compositions allégoriques. Au nord, Le Triomphe d’Apollon, au sud Le Charme de la Musique, à l’est Minerve combattant la force brutale devant l’Olympe réuni et enfin à l’ouest, La Ville de Paris recevant les plans du nouvel opéra.
Cette dernière scène, composée de huit figures, montre comme son titre l’indique une allégorie de la ville de Paris, drapée de bleu et d’or. Accompagnée d’un cheval ailé, Pégase, elle domine la Seine allongée à ses pieds. Son bras est tendu en direction du groupe opposé, constitué de quatre autres figures, celles du théâtre, de la peinture, de la sculpture et de l’architecture. Dominant la composition pyramidale, le génie des arts éclaire la scène d’une torche. Le garçonnet qui lève le bras au-dessus de sa tête tournée vers la droite devait être à l’origine une figure féminine supplémentaire. Sur le dessin préparatoire à cette première pensée, l’artiste hésite et cherche encore sa composition. La pierre noire et la craie blanche laissent visible un repentir sur le visage initialement tourné vers la gauche.
Si les études de Pils pour les décors de l’escalier sont assez nombreuses, chaque nouvelle feuille permet de mieux comprendre l’évolution du travail du peintre. Cette étude pour une allégorie évoque la figure double du dieu romain Janus et reste un parfait exemple des hésitations de l’artiste qui ne put venir à bout de son projet. Georges Clairin, à la mort de son maître en septembre 1875, fut chargé de terminer les décors inachevés.

